Non content d'avoir ressuscité les célèbres Cahiers de la BD, Vincent Bernière se lance dans l'édition de bandes dessinées. Axées sur le patrimoine mais également sur des talents émergents, les éditions Revival ouvrent le bal avec Colville, une BD canadienne débutée en 1990, éditée à compte d'auteur et complétée près de 25 ans plus tard par son auteur qui avait entre-temps disparu des r...

Non content d'avoir ressuscité les célèbres Cahiers de la BD, Vincent Bernière se lance dans l'édition de bandes dessinées. Axées sur le patrimoine mais également sur des talents émergents, les éditions Revival ouvrent le bal avec Colville, une BD canadienne débutée en 1990, éditée à compte d'auteur et complétée près de 25 ans plus tard par son auteur qui avait entre-temps disparu des radars. Dans une petite ville du sud de l'Ontario, David, jeune étudiant en art mais au casier judiciaire déjà lourd pour son âge, se voit proposer par son ancien complice un dernier coup qui leur rapporterait chacun 1 000 dollars. Il doit voler une moto au fils de ce gros connard d'Alan Gold, revendeur de came aux lycéens du coin. David se fait lâcher par son complice en dernière minute et la transaction avec Alan Gold, voulant récupérer son bien, tourne mal. Voilà comment se terminait à l'époque le seul comics de Steven Gilbert. Dans l'intervalle, l'auteur est devenu libraire. En 2013, il a reçu un prix pour une nouvelle BD, The Journal of the Main Street Secret Lodge, non traduite à ce jour. Dans la foulée, il complète Colville d'une centaine de pages. Cette version augmentée ne prolonge pas exactement la première, mais offre au lecteur différents points de vue. L'auteur, influencé par les From Hell, Black Hole et autre Acme Novelty Library, plonge son récit, déjà pas très rigolo, dans l'horreur absolue. Un flash-back nous montre le passé traumatisant de Gold, tandis que Paul, le misogyne violent rencontré au magasin de comics, dévoile une facette particulièrement glauque et sordide de sa personnalité. Point de vue dessin, Gilbert n'est pas un génie, mais son trait maladroit participe de l'ambiance noire du récit. Plus que les comics cités précédemment, Colville fait penser aux premiers Adrian Tomine ou Daniel Clowes. L'histoire à peine commencée, on sait déjà que ça va mal finir.