Head Light
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Head Light MAYA HAYUK, 4, RUE DU PAYS DE LIÈGE, À 1000 BRUXELLES. JUSQU'AU 26/10. 8 Maya Hayuk (Baltimore, 1969) est ce que l'on peut appeler une fidèle d'Alice. C'est la troisième fois qu'elle pousse la porte de la galerie du downtown bruxellois. Derrière cet éternel retour se cache une profonde admiration pour un personnage-clé de l'art urbain. Raphaël Cruyt explique: "Maya se trouve au centre d'un réseau énorme d'artistes, elle agit comme un catalyseur. Nous l'avions déjà compris quand elle s'est occupée de la curatelle d'Apocabliss, une exposition qui levait le voile sur la scène artistique de San Francisco avant que celle-ci ne migre vers New York. Mais ses connexions sont bien plus larges, elle connaît autant l'avant-garde new-yorkaise, qu'elle a intensément fréquentée à la faveur de son atelier de Brooklyn, que des artistes comme Banksy ou le Belge Roa." Cet incroyable sens du communautaire et de l'empathie, Maya Hayuk le tient de son parcours pas banal. A l'origine, c'est la photographie qui l'a poussée vers la création artistique -elle suivait alors la scène punk rock. C'est l'un des Beastie Boys qui l'a incitée à se diriger vers la peinture, sentant l'énorme potentiel qui sommeillait en elle. Autre spécificité, Hayuk est l'une des rares femmes à évoluer dans le milieu de l'art public. Ses peintures monumentales plaident sa cause plus que tout autre argumentaire. Celles-ci prennent d'ailleurs souvent une tournure "environnementaliste-collaborative" au sens politique et socialement engagé du terme. Comme quand elle débarque avec d'autres artistes -Swoon, Noah Sparkes...- dans des bleds paumés, par exemple Braddock en Pennsylvanie, pour leur rendre la lumière et leur redonner des couleurs au sens propre comme au sens figuré. Cette troisième exposition de Maya Hayuk est aussi la plus aboutie. Pas de doute, elle maîtrise désormais le travail de studio -le processus d'adaptation a pris du temps. L'exposition fait place à une quinzaine d'oeuvres, en plus des interventions sur les murs et à l'extérieur, qui possèdent la même force d'expression que son travail monumental. Ses compositions s'accommodent désormais des limites et des petits formats. L'évolution stylistique est évidente, le goût folk pour le "pattern" -qu'elle attribue à ses origines ukrainiennes- infuse ses interventions sans doute avec plus de subtilité qu'au départ. Remarquable est également le travail d'abstraction qui concentre les lignes d'une époque. Des boyaux, des tuyaux en 3D dessinent des diagonales d'un genre nouveau. Et puis, ce sont surtout les couleurs qui marquent l'oeil. Ces couleurs "physiques" signent une exposition que l'on a envie de qualifier de "sensorielle". C'est sûr qu'en sortant de là, comme le précise Raphaël Cruyt, "tout paraîtra bien gris". On évitera donc soigneusement de prendre la direction du Canal et de repenser à Morrissey. "Every day is like Sunday, every day is silent and grey"... WWW.ALICEBXL.COM MICHEL VERLINDEN