L'auteur de comics canadien Seth fait partie de ces artistes introspectifs qui ne se sentent pas à leur place dans le monde qui les entoure. Outre l'autobiographie dont il a fait sa spécialité, il passe son temps libre à rechercher des illustrateurs américains des années 50 complètement oubliés. Bref, c'est un homme qui vit dans la nostalgie d'un passé révolu. À l'...

L'auteur de comics canadien Seth fait partie de ces artistes introspectifs qui ne se sentent pas à leur place dans le monde qui les entoure. Outre l'autobiographie dont il a fait sa spécialité, il passe son temps libre à rechercher des illustrateurs américains des années 50 complètement oubliés. Bref, c'est un homme qui vit dans la nostalgie d'un passé révolu. À l'image des frères Matchcard, Simon et Abe, protagonistes de Clyde Fans, héritiers de la société éponyme qui produit et vend des ventilateurs. Si Abe est un homme énergique, vendeur hors pair et homme d'affaires plus ou moins éclairé, Simon est un inadapté qui passe son temps dans la maison familiale, siège de l'entreprise, à s'occuper de leur mère malade et des comptes de la société. Il a bien fait une tournée des quincailliers en 1957, essayant piteusement, entre deux bégaiements, de placer ses produits. Mais il a fallu se rendre à l'évidence: vivre à l'extérieur n'est pas possible pour lui. Le voilà donc cloîtré à la maison, protégé par les murs de la bâtisse et plongé dans sa collection de cartes postales des années 20. Entre-temps, son frère Abe dirige l'armée de vendeurs, trousse les jupons et coule finalement la société, n'ayant pu anticiper la révolution du conditionnement d'air. Construit en cinq chapitres abordant chacun une année charnière de la société, Clyde Fans nous parle de solitude. Débutée en 1997 -une partie a déjà été publiée par Casterman en 2003-, cette histoire exprime les angoisses de Seth, qui réalise ici une BD plus autobiographique qu'il n'y paraît. Malheureusement, écouter le monologue d'un vieux nostalgique déambulant dans les nombreuses pièces de sa maison peut lasser. Reste, pour les fans et amoureux de beaux objets, un récit considéré par son auteur comme son grand oeuvre.