Bâclée, émotionnellement prédatrice et racoleuse, cette minisérie produite en Australie et aux États-Unis porte en son titre ("Clickbait": "pièges à clics" ou plus prosaïquement "putaclic") son propre aveu programmatique: capter notre attention et notre avidité de sensations fortes en cliquant compulsivement sur le bouton "Next episode". Raté. L'affaire porte pourtant en elle tous les ingréd...

Bâclée, émotionnellement prédatrice et racoleuse, cette minisérie produite en Australie et aux États-Unis porte en son titre ("Clickbait": "pièges à clics" ou plus prosaïquement "putaclic") son propre aveu programmatique: capter notre attention et notre avidité de sensations fortes en cliquant compulsivement sur le bouton "Next episode". Raté. L'affaire porte pourtant en elle tous les ingrédients algorithmiques: Pia (Zoe Kazan) a tout de la jeune femme urbaine cataloguée célibataire, fêtarde, psychiquement lézardée et en détresse affective. Mais lorsqu'après une dispute avec son frère Nick, survenue durant une fête de famille, ce dernier disparaît pour réapparaître sur une vidéo anonyme, tuméfié, portant une pancarte "Je violente des femmes. À cinq millions de vues, je meurs", elle mettra tout en oeuvre, avec l'aide de sa belle-soeur et d'un policier bellâtre, pour le sauver et le disculper. Tout en cliquant à répétition sur la vidéo, hypnotisée par le compteur fatal. Les thèmes de la viralité toxique des réseaux sociaux, de l'anonymat, du voyeurisme et de la violence à l'égard des femmes, poussés laborieusement durant la première demi-heure, se dégonflent progressivement puis à une vitesse vertigineuse durant les huit épisodes. Le scénario surjoue la question du leurre -la ville d'Oakland (Californie) où est censé se dérouler le drame, a de furieux airs de Melbourne et les accents des antipodes remontent aux premiers accès de fureur. Les personnages manquent d'ailleurs de profondeur et ne semblent correspondre qu'aux cases auxquelles on veut bien les assigner. Les relations ne sortant jamais de leur binarité colère/tristesse. Si bien que même la question du rapport de Nick envers les femmes n'obtient jamais de réponse satisfaisante. Pas plus que la trame policière, ou la critique supposée du marché de l'attention.