Apparu dans le paysage cinématographique japonais du début des années 60, le "pinku eiga" (ou film pink, bien que tourné le plus souvent en noir et blanc) désigne des films érotiques fauchés produits par des sociétés indépendantes. Un genre florissant, qui allait s'ériger en industrie parallèle, alors même que les studios nippons traversaient une crise sans précédent, certains, à l'image de la Nikkatsu avec son Roman Porno, décidant bientôt de prendre le train en marche. Émargeant au cinéma d'exploitation, et respectant à ce titre un quota de sexe et de violence...

Apparu dans le paysage cinématographique japonais du début des années 60, le "pinku eiga" (ou film pink, bien que tourné le plus souvent en noir et blanc) désigne des films érotiques fauchés produits par des sociétés indépendantes. Un genre florissant, qui allait s'ériger en industrie parallèle, alors même que les studios nippons traversaient une crise sans précédent, certains, à l'image de la Nikkatsu avec son Roman Porno, décidant bientôt de prendre le train en marche. Émargeant au cinéma d'exploitation, et respectant à ce titre un quota de sexe et de violence, le "pinku eiga" devait aussi porter le vent de contestation qui secouait à l'époque la société japonaise -Koji Wakamatsu en est l'une des figures tutélaires-, et oser des propositions audacieuses. Démonstration avec un passionnant coffret édité par Carlotta, et illustrant en cinq films la liberté créative dont pouvaient y jouir des auteurs s'affranchissant des canons du cinéma érotique. C'est le cas d'Atsushi Yamatoya dans Une poupée gonflable dans le désert (1967), où un privé hard-boiled enquête sur le rapt d'une jeune femme, enlevée par une bande de yakuzas et violée dans des snuff movies. Le point de départ d'un polar labyrinthique se jouant des schémas narratifs classiques pour égarer son détective, et le spectateur avec lui, sur quelque ruban de Möbius, pour un résultat aussi fascinant que résolument moderne. À la radicalité esthétique du film de Yamatoya, Prière d'extase (1971) de Masao Adachi ajoute celle du propos, questionnant la société japonaise de l'époque à la suite de quatre lycéens qui en condamnent la corruption, le sexe en étant l'une des expressions qu'ils se proposent de vaincre. S'ensuit, dans un Tokyo brumeux, une errance aux contours postmodernistes. Une famille dévoyée (1984) voit Masayuki Suo se livrer à une variation respectueuse et décalée sur le cinéma de Yasujiro Ozu, dont il reprend les figures et le style, qu'il infuse toutefois de scènes de sexe pour livrer un savoureux portrait de famille, en un résultat en tout point étonnant. Signé en 1970 par Mamoru Watanabe, Chanson pour l'enfer d'une femme s'écarte lui aussi des standards du cinéma érotique, puisqu'il ressort au genre du jidai-geki, ou film d'époque. Et relate les aventures d'Okayo Benten, une femme dont le dos, orné d'un tatouage divin, suscite bien des convoitises, à l'origine de péripéties multiples orchestrées tout en contrastes -de quoi transcender allègrement les limites du "pinku". Enfin, Deux femmes dans l'enfer du vice (1969), de Kan Mukai, qui suit une jeune fille décidée à venger ses parents d'un créancier abject, tient plus du cinéma d'exploitation lambda, son environnement psychédélique en faisant toutefois une curiosité. Introductions et livret en bonus.