Conteuse et comédienne spécialisée dans la littérature orale asiatique, Isabelle Genlis a réuni en un volume douze versions de l'histoire de Cendrillon issues de Chine, de Thaïlande, du Cambodge ou encore du Japon. Au départ d'un socle commun familier -le destin d'une jeune fille déclassée, maltraitée par sa marâtre et sa demi-soeur...

Conteuse et comédienne spécialisée dans la littérature orale asiatique, Isabelle Genlis a réuni en un volume douze versions de l'histoire de Cendrillon issues de Chine, de Thaïlande, du Cambodge ou encore du Japon. Au départ d'un socle commun familier -le destin d'une jeune fille déclassée, maltraitée par sa marâtre et sa demi-soeur, et soumise à une série d'épreuves sur la voie de la réalisation de soi-, les récits se font écho tout en divergeant sensiblement. Avec pour constante que, loin de la version édulcorée popularisée par Disney en 1950 (dans ce qui reste, soyons de bon compte, l'un des chefs-d'oeuvre du studio), le parcours de ces Cendrillon d'Asie a, le plus souvent, le goût du sang et le parfum d'une vengeance terrible, facilitée par une nature bienveillante, tradition animiste aidant -en une série de motifs judicieusement contextualisés par l'autrice. Du Viêtnam ( Tam et Cam) au Tibet ( La fille qui a renoncé au bonheur et acheté la misère), de l'Indonésie ( La Jeune Oubliée) à la Birmanie ( Methwé et Grankh'ê), il y a là autant de parcours contrastés, inscrits au confluent de deux mondes et oscillant entre noirceur et enchantement. " Loin des stéréotypes véhiculés, nos Cendrillons sont de vaillantes guerrières", relève Isabelle Genlis. L'on ne s'étonnera point que, à rebours de la tradition occidentale, le mariage, loin d'un aboutissement, ne constitue pour certaines d'entre elles qu'un épisode dans la poursuite de leur accomplissement féminin. Si la vie des Cendrillon n'a rien d'un conte de fées, leur initiation plurielle se révèle aussi riche que passionnante.