"Braquer Poitiers , c'est d'abord l'histoire d'une rencontre entre des gens qui ne se ressemblent pas." Réalisateur belge formé à l'INSAS en mise en scène de théâtre, Claude Schmitz aime travailler avec des acteurs essentiellement non-professionnels venus d'horizons divers, fabriquant des objets bricolés qui convoquent des imaginaires volontairement hétéroclites, dans leur rapport au monde mais aussi au langage. Dans Braquer Poitiers, son premier véritable long métrage, il imagine ainsi la nonchalante séquestration par deux margoulins branleurs d...

"Braquer Poitiers , c'est d'abord l'histoire d'une rencontre entre des gens qui ne se ressemblent pas." Réalisateur belge formé à l'INSAS en mise en scène de théâtre, Claude Schmitz aime travailler avec des acteurs essentiellement non-professionnels venus d'horizons divers, fabriquant des objets bricolés qui convoquent des imaginaires volontairement hétéroclites, dans leur rapport au monde mais aussi au langage. Dans Braquer Poitiers, son premier véritable long métrage, il imagine ainsi la nonchalante séquestration par deux margoulins branleurs du dénommé Wilfrid, irrésistible olibrius poitevin doublé d'un poète sauvage qui dirige des car wash et joue ici à peu de chose près son propre rôle, sa propre vie. Contre toute attente, celui-ci est enchanté de la compagnie de ceux-là, et il les autorise à piquer dans la caisse. Commence alors une improbable cohabitation faite de petits moments de partage, où les trois hommes se voient bientôt rejoindre par deux jeunes femmes venues du sud, pour profiter avec eux de l'été en toute insouciance. De ce film très peu écrit et où rien, ou presque, n'est prémédité, Claude Schmitz ne sait pas grand-chose au moment de le tourner, si ce n'est qu'il tient à ce qu'il soit sans violence. " Pas de violence, c'est les vacances? Ça roule, ma couille!", s'amuse d'ailleurs l'un des deux pieds nickelés, Francis, sorte de Lemmy Kilmister brusseleir et bedonnant, dans l'une des scènes à l'oisiveté revendiquée de Braquer Poitiers. À leur suite, Schmitz utilise le film de genre comme un prétexte, une simple entrée en matière vers autre chose. À savoir une collection de vignettes fragiles floutant volontairement la frontière entre la fiction et la réalité, comme pour mieux capter des moments de vérité. Seul petit bémol: à l'origine, Braquer Poitiers était un simple moyen métrage, auquel est finalement venu se rajouter, pour l'exploitation en salles et en DVD, un épilogue hivernal bâtard, pas franchement indispensable. En bonus, l'éditeur Capricci Films propose un long entretien avec le réalisateur Claude Schmitz, mais aussi Rien sauf l'été, court métrage tourné en 2017 sans scénario, au jour le jour, avec des amis en vacances. Drôle et tendre à la fois, l'objet entendait déjà saisir à la volée quelque chose de l'ordre du sentiment fugace, impalpable, d'un été qui passe. Vers la fin du film, le temps d'une séquence d'adieu, apparaît brièvement celui qui occupera bientôt le devant de la scène: Wilfrid, donc, qui, bien sûr, monologue. Soit la naissance d'un personnage hors norme dont Braquer Poitiers ne sera au fond, et dans la foulée, que le portrait candide, libre et amusé.