Tout est calme et tranquille. On ne voit rien. Ça passe et on ne voit rien d'anormal. On est pris dans son quotidien. Dans ses petites affaires. Ses affaires du matin. D'un matin comme tous les autres. D'un matin avec la bousculade du matin. Un matin avec son visage dans la glace. Un matin où on se dit que l'on a une sale tête. Un matin où l'on fait rapidement le bilan de sa vie. On se dit c'est ça une vie: une suite de jours. Oui, une longue suite de jours sans saveur, dont il ne restera rien. Un matin comme tous les autres, simple. Les objets familiers sont à leur place. Prendre une douche. Le petit-déjeuner. S'occuper des enfants. Préparer le départ. Il est temps de partir. Un matin où on est pris dans ses pensées, ses envies, ses désirs, ses contraintes, ses rêves, ses obligations. Un matin normal. Tout ...

Tout est calme et tranquille. On ne voit rien. Ça passe et on ne voit rien d'anormal. On est pris dans son quotidien. Dans ses petites affaires. Ses affaires du matin. D'un matin comme tous les autres. D'un matin avec la bousculade du matin. Un matin avec son visage dans la glace. Un matin où on se dit que l'on a une sale tête. Un matin où l'on fait rapidement le bilan de sa vie. On se dit c'est ça une vie: une suite de jours. Oui, une longue suite de jours sans saveur, dont il ne restera rien. Un matin comme tous les autres, simple. Les objets familiers sont à leur place. Prendre une douche. Le petit-déjeuner. S'occuper des enfants. Préparer le départ. Il est temps de partir. Un matin où on est pris dans ses pensées, ses envies, ses désirs, ses contraintes, ses rêves, ses obligations. Un matin normal. Tout est calme et tranquille. Un matin banal. On est chez soi. On va et on vient. On fait des gestes familiers. On fait des gestes de tous les jours. Des gestes pour soi. Sans même y penser. Sans plus y penser. Se passer la main dans les cheveux. Se gratter le bras. Siffloter. Se gratter les fesses. Porter ses doigts à son nez. Se curer les dents avec son ongle. Renifler bruyamment. On est dans sa solitude. Bien épaisse. Sans bruit. On est chez soi. On va et on vient. On fait des gestes familiers. Sans même plus y penser. Et on veut sortir de l'ordinaire. On veut sortir du banal, du quotidien. On veut sortir de la banale banalité de la vie quotidienne. On veut de l'aventure, de la grande aventure. On veut que quelque chose se passe. Enfin. En fin. On veut, on en veut, on en rêve. Mais tout est calme et tranquille. On veut, on voudrait mais tout est calme et tranquille. Ça commence comme ça. Personne ne sait. Personne ne sait ce qui va arriver au juste. Personne ne sait. Personne ne sait ce qui va suivre. Personne ne sait. Personne ne sait parce qu'il ne se passe rien. Qu'il ne se passe encore rien. Pas encore. Tout est calme et tranquille. Ça commence comme ça. Ça passe. Tout est calme et tranquille. Ça passe. On ne voit rien d'anormal. On est assis devant sa table. On mange du pain beurré. On boit du café, posément, en regardant devant soi. On prend son temps. On a tout son temps. Une journée qui commence sans obligations, sans contraintes, si ce n'est de la mener au bout, si ce n'est d'aller au bout de la journée. On est là devant sa table avec son pain beurré, avec son bol de café. Immobile, comme incrusté dans le temps, dans l'espace, dans l'espace et dans le temps. Tout est calme et tranquille. Et pourtant. Comme une angoisse. Comme une angoisse vague. Comme une vague angoisse. Un truc. Un p'tit quelque chose. C'est subtil. C'est tout petit. C'est difficile à préciser. C'est difficile à définir. C'est juste bizarre. Et pourtant. Tout est calme et tranquille. Tout est calme et tranquille. Les voitures circulent dans le même sens. Il fait beau. Comme hier et avant-hier et avant-avant-hier. Et pourtant. Il y a une inquiétude. Un peu irritante. Un peu agaçante. Une inquiétude. Et pourtant. Tout est pareil. Comme hier. Comme avant-hier. Comme avant-avant-hier. On est sur le qui-vive. On se dit que peut-être. Peut-être, il est en train de se passer quelque chose. Qu'il se passe quelque chose. Qu'aujourd'hui n'est pas hier, avant-hier, avant-avant-hier. Qu'aujourd'hui est différent d'hier, d'avant-hier, d'avant-avant-hier. Qu'aujourd'hui il y a quelque chose de différent. Tout était calme et tranquille. Mais aujourd'hui ne sera pas comme hier, comme avant-hier, comme avant-avant-hier. Quelque chose est arrivé. On se dit alors que vite reviennent hier, avant-hier, avant-avant-hier, que demain soit comme hier, comme avant-hier, comme avant-avant-hier. Que demain soit un autre jour. Un autre jour sans aujourd'hui. Un aujourd'hui dont on se souviendra avec précision. Un souvenir aussi net, aussi fouillé que certaines peintures de primitifs ou que certaines peintures hollandaises. Emmanuel Régniez est un écrivain français qui vit désormais à Bruxelles. Son premier roman Notre Château est paru récemment aux éditions du Tripode.