On ne peut pas faire grand-chose d'autre que se désoler devant la "Jungle", ce camp situé aux abords de la ville de Calais qui fut démantelé en 2016. La nature favorise la vie qui s'épanouit là où cette "jungle" de fortune peine à faire place à la survie. Né de l'égoïsme et de la peur, cet environnement précaire restera comme une tache infâme apposée sur le visage blême d'un Occident dont plus personne ne peut croire qu'il est animé par des valeurs d'humanisme et d'universalité. On se dit tout cela et bien d'autres choses désespérantes en sortant de Calais - Témoigner de la "Jungle". Cette exposition nécessaire, en ce qu'elle permet de mieux décrypter la stratégie des images, prend place dans le cabinet de la photographie du Centre Pompidou. L'accrochage est d'autant plus intéressant qu'il met en scène trois approches visuelles complémentaires. Il y a d'abord les clichés du plasticien Bruno Serralongue, pris à l'aide d'une chambre photographique. Les prises de vues décalées de l'intéressé permettent un autre regard sur cet événement que celui de l'immédiateté médiatique. À l'opposé de cette temporalité ralentie, on trouve les contenus fournis par l'Agence France-Presse. Ceux-ci sont traversés par une contradiction manifeste: il s'agit à la fois de livrer le plus d'éléments de compréhension possible et en même temps d'extraire l'image qui restera (celle-ci étant forcément paradoxale). Cette tension est sans pitié, les photographies finissent par s'annuler, pour qui les regarde aujourd'hui. Enfin, et c'est sans doute ce qui marque le plus le visiteur, il y a les photographies extrêmement touchantes prises par les migrants, les exilés et les réfugiés eux-mêmes. Celles-ci souligne le rôle d'un auxiliaire de vie inattendu: le téléphone portable comme lien avec le monde.

Bruno Serralongue, Agence France-Presse, les habitants, au Centre Pompidou, à Paris. Jusqu'au 24/02.

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