Ray LaMontagne
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Ray LaMontagne DISTRIBUÉ PAR SONY MUSIC 8 Ce sixième album studio du chanteur-compositeur américain (1973) a quelque chose de planant, notamment dans les ambiances guitares/claviers amniotiques qui rappellent le Floyd d'avant The Dark Side of the Moon et le barnum. Avant de disséquer un album aux confluences notoires, il n'est sans doute pas inutile de resituer le barbu misanthrope à la voix éraillée. En une poignée de disques et plusieurs vagues de chansons, ce fils de famille nombreuse né dans le New Hampshire a décrypté et resservi l'héritage combiné de The Band, Van Morrison, Buckley père et même Nick Drake via un spleen de chansons persos. LaMontagne, c'est l'orthographe exogène d'un type qui vit de fait dans un coin escarpé de la Côte Est et une saga de musiques classiquement sous perfusion nord-américaine. Sur l'essai précédent, Dan Auerbach (Black Keys) réglait en producteur la circulation des chansons, y ramenant quelques fantômes vintage americanas, d'ailleurs payants en termes de marché: Supernova sera numéro trois au BillboardUS. Ici, LaMontagne passe grosso modo du folk-rock de Lascaux à une approche cosmique de la musique. Les huit chansons sont conçues chacune comme deux faces d'une vingtaine de minutes de LP à l'ancienne: on y retrouve des accords country-isants et même ces brusques accès de guitare acide ayant défini jusqu'aux vieux rêves de l'été de l'amour. Ce qui diffère concerne plutôt l'enveloppe de la production: signée d'un autre caméléon, Jim James de My Morning Jacket, elle immerge le son dans un hammam vaporeux et des braillements volatiles. La voix de Ray y sert de coton-tige confort qui gratouille l'oreille, appuyé de mélodies qui -comment le dire autrement?- planent sec. Moog et autres claviers tissent une trame flottante, hamac tout confort où gondolent les textes parfois névrotiques de Mr LaMontagne. Celui-ci grogne ses douleurs autant qu'il ne les chante, susurre comme un comploteur qui tient la clé du rébus et s'en amuse: Ouroboros est le mot ancien qui désigne un serpent se bouffant la queue! Pour en arriver à ce résultat, LaMontagne a davantage pensé en termes de paysages sonores qu'en chansons préoccupées de format radiophonique. D'où l'impression réconfortante que l'infini n'est pas étranger au plaisir offert, l'architecture harmonique invitant à ce qui n'est pas forcément le dada du rock: la tentative d'introspection. "J'ai le désir de centrer ma vie conformément à la vérité de l'existence (...), je ne suis pas religieux mais je crois que nous appartenons à une force spirituelle plus grande que nous",blablate Ray dans le communiqué de presse. Il le dit même mieux en musique, dans ce costard qui peut en rappeler d'autres, mais reste néanmoins impeccablement coupé. PHILIPPE CORNET