Viridiana
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Viridiana DE LUIS BUNUEL. AVEC SILVIA PINAL, FRANCISCO RABAL, FERNANDO REY. 1 H 27. DIST: BELGA. 10 L'image en couverture se décline en bleu et blanc, avec l'or d'une Palme se découpant discrètement. Le Festival de Cannes a consacré Viridiana en 1961, il y a plus d'un demi-siècle déjà. Les années filent, mais reste le génie d'un Luis Bunuel au sommet de son art comme de son audace! Une très belle édition au format Blu-ray ramène en pleine lumière cet inclassable chef-d'oeuvre, avec en bonus un passionnant documentaire sur son non moins imprévisible auteur. L'action du film débute dans une institution religieuse où la jeune Viridiana (Silvia Pinal) s'apprête à prononcer ses voeux. Avant de s'enfermer dans la vie monacale, la Supérieure des lieux lui enjoint d'aller faire ses adieux à son seul parent vivant, un oncle qui n'est jamais venu la voir mais qui a payé pour son éducation. L'homme (Fernando Rey), un notable de province, veuf et père d'un fils illégitime, sera vite attiré charnellement par une nièce qui ressemble beaucoup à sa défunte épouse. Pour qu'elle reste avec lui et partage sa vie, il va la droguer et lui faire croire qu'il l'a "prise" pendant qu'elle était inconsciente... Ce n'est là qu'un début pour une histoire qui prendra des tours de plus en plus surprenants et de moins en moins conformes à la morale de son temps... Viridiana fut présenté au Festival de Cannes à la toute dernière minute et dans une atmosphère de scandale, alors que le jury avait déjà choisi sa Palme d'Or (Une aussi longue absence d'Henri Colpi). Il fit une telle impression que les jurés l'ajoutèrent au palmarès en lui attribuant une Palme d'Or ex-aequo! Mais l'enthousiasme cannois fut vite douché par d'autres réactions. Si le Vatican déclara -via son organe de presse officiel, L'Osservatore Romano- que le film était "sacrilège et blasphématoire", le gouvernement espagnol dirigé par le dictateur Franco décréta carrément son interdiction totale et immédiate. Le directeur de la cinématographie locale fut limogé séance tenante, et le film fut même privé de sa nationalité espagnole! Il faudra patienter jusqu'en 1977, deux ans après la mort de Franco, pour voir Bunuel présenter Viridiana au public de son pays natal... Il pourra aujourd'hui sembler incompréhensible à certains que le film ait pu susciter des réactions et une censure si extrêmes. Et que la -superbe- séquence où la Dernière Cène est détournée, avec des mendiants avinés en lieu et place de Jésus et de ses apôtres, ait pu faire s'étrangler de rage nombre de croyants. Mais imaginez une autre religion, une autre intolérance, et tout redevient clair, actuel... Le temps a passé, mais la force expressive d'un film subversif en diable reste intacte. Les fantasmes personnels d'un Bunuel inspiré venant pimenter un spectacle dont l'anti-religiosité reste plus salutaire que jamais. LOUIS DANVERS