La première impression est que TGTBTQ a fait un album à la Madness 2.1. La faute à la scansion qui répand le groove, au rub-a-dub cousin du ska et même à la voix d'Albarn, rigoureusement complice de l'auditeur, comme celle de Suggs dans le précité groupe 2 Tone. La comparaison s'arrêterait là si ce disque ne traînait pas dans son sillage quelque chose d'intimement britannique, un spleen brumeux signant des sensations si pas d'adieu, tout au moins d'au revoir à une certaine idée de la Grande-Bretagne. Près de douze ans après la parution d'un pr...

La première impression est que TGTBTQ a fait un album à la Madness 2.1. La faute à la scansion qui répand le groove, au rub-a-dub cousin du ska et même à la voix d'Albarn, rigoureusement complice de l'auditeur, comme celle de Suggs dans le précité groupe 2 Tone. La comparaison s'arrêterait là si ce disque ne traînait pas dans son sillage quelque chose d'intimement britannique, un spleen brumeux signant des sensations si pas d'adieu, tout au moins d'au revoir à une certaine idée de la Grande-Bretagne. Près de douze ans après la parution d'un premier album, TGTBTQ s'est donc rassemblé sous de tout autres auspices: Albarn a entre-temps confectionné quatre albums de Gorillaz et un de Blur, s'immisçant aussi dans une impressionnante série de collaborations éclectiques. Pas un hasard donc si la haute musicalité du disque dissipe vite la parenté évoquée avec Madness -et son charmant cabaret deux tons- dans un intrigant bouillon sophistiqué. Producteur historique de Bowie, Tony Visconti y organise des confluences avec beaucoup de soin, d'âme et de fluidité. Sans que l'éclectisme des ressources musicales -du basson au choeur mâle gallois- ne semble jamais drainé par la fatuité. Et puis, contrairement à nombre de productions d'Albarn, tentations hip-hop et électro sont ici remisées au grenier, au profit d'une cinématographie folk analogique en version IMAX. Un choix au-delà de l'esthétique, le titre Merrie Land n'étant jamais qu'une déclinaison circonstancielle de l'expression Merry England, soit l'utopie d'une société anglaise idyllique désignée dans son versant pastoral, historiquement calée avant la révolution industrielle. L'utopie est ici démontée, toujours en compagnie du batteur nigérian Tony Allen, 78 ans quand même, du guitariste/claviériste quadra Simon Tong (ex-The Verve) et du sexagénaire Paul Simonon, ex-Clash à la basse. Une partie des chansons a été créée à Blackpool, cité décatie au nord de Liverpool qui, même ensoleillée l'été, fout le bourdon. Albarn joue de cette désuétude anglaise et d'un passé glorieux fané, également collectés lors de diverses visites au Pays de Galles, à Southend-on-Sea et dans divers cimetières de la Grande Guerre, y compris sur le continent. Ajoutez-y l'annonce du Brexit et voilà une chimie qui crée un surplus de nostalgie pour un pays qui se replie absurdement sur lui-même. Sur la plage titulaire, Albarn questionne la classe ouvrière qui, globalement, a choisi de sortir de l'Union européenne, se posant aussi à lui-même le sens de tout cela. D'où cette collection d'épatantes chansons habitées ( Gun to the Head, The Great Fire, Lady Boston, Ribbons) où il interroge d'abord l'anglo-existentialisme.