"On a un gamin, un hippie dans le lobby. Il dit qu'il ne quittera pas les lieux tant qu'on ne l'aura pas engagé. J'appelle la police ou je le fais entrer?" Quelques minutes après cet appel, Allan Alcorn, l'ingénieur en chef d'Atari, engageait le gamin en question, alors âgé de 19 ans. Après tout, l'ado tenait en main une version de Pong qu'un de ses amis venait de trafiquer pour être jouable sur un téléviseur. L'Histoire n'aurait jamais retenu cette anecdote si l'opiniâtre kid ne s'appelait ...

"On a un gamin, un hippie dans le lobby. Il dit qu'il ne quittera pas les lieux tant qu'on ne l'aura pas engagé. J'appelle la police ou je le fais entrer?" Quelques minutes après cet appel, Allan Alcorn, l'ingénieur en chef d'Atari, engageait le gamin en question, alors âgé de 19 ans. Après tout, l'ado tenait en main une version de Pong qu'un de ses amis venait de trafiquer pour être jouable sur un téléviseur. L'Histoire n'aurait jamais retenu cette anecdote si l'opiniâtre kid ne s'appelait pas Steve Jobs, et son pote hacker Steve Wozniak, soit les deux futurs cofondateurs d'Apple. Ce détail est oublié, mais les racines d'Apple plongent dans l'industrie naissante du jeu vidéo au milieu des années 70. Alors qu'il bosse chez Atari pour optimiser ses bornes d'arcade, Steve Jobs approfondit son affinité professionnelle avec Steve Wozniak. D'abord employé chez HP, ce dernier était venu l'aider à relever un défi que Nolan Bushnell (le fondateur d'Atari) lui avait posé: réduire le nombre de puces de la borne d'arcade de Breakout pour diminuer son coût de production. En quatre jours, Wozniak optimisera le jeu de casse-briques culte. Le tout par passion informatique et amitié. Deux constats ressortiront de cette collaboration à quatre mains. D'une part, l'opiniâtreté, le sens du design grand public et le talent marketing de Jobs se combinaient à merveille avec le génie informatique de Wozniak. D'autre part, cette alchimie derrière le succès de la convivialité des bécanes d'Apple (Macintosh) était assombrie par l'attitude de Jobs. Ce dernier avait imposé à Wozniak un délai infernal de quatre jours de développement pour qu'il puisse aller jouer aux saisonniers dans une ferme californienne et récolter... des fruits. Pis, Jobs a bien partagé avec Wozniak les 700 dollars de base de son contrat sur Breakout, mais il aurait gardé les 5 000 dollars de prime supplémentaire reçus d'Atari pour avoir réduit un nombre drastique de puces sur le jeu. Cet "oubli" s'ajoute à une série de casseroles que Steve Jobs a traînées tout au long de sa carrière. S'il a révolutionné notre manière d'écouter de la musique (iTunes) et de nous connecter au monde (iPhone), cette part d'ombre se manifeste également dans un rapport du FBI mentionnant son penchant à déformer la réalité et à mentir à son entourage(1).