Il ne faut que quelques mesures pour dissiper le moindre doute. Une cascade de cordes, l'orage des cuivres qui tonne derrière: le thème du nouveau James Bond est arrivé! Il est signé Sam Smith, et a d'ores et déjà réussi son coup. Dès sa sortie, le morceau intitulé Writing's on the Wall est en effet arrivé au sommet des charts britanniques: une première pour un générique de James Bond. Le choix du chanteur semblait presque évident: ultra-British, Smith présente l'avantage d'être aussi célèbre de l'autre côté de l'Atlantique. Grand gagnant des Grammy Awards, au mois de février dernier, l'auteur du tube Stay With Me a remporté quatre (!) des six catégories pour lesquelles il é...

Il ne faut que quelques mesures pour dissiper le moindre doute. Une cascade de cordes, l'orage des cuivres qui tonne derrière: le thème du nouveau James Bond est arrivé! Il est signé Sam Smith, et a d'ores et déjà réussi son coup. Dès sa sortie, le morceau intitulé Writing's on the Wall est en effet arrivé au sommet des charts britanniques: une première pour un générique de James Bond. Le choix du chanteur semblait presque évident: ultra-British, Smith présente l'avantage d'être aussi célèbre de l'autre côté de l'Atlantique. Grand gagnant des Grammy Awards, au mois de février dernier, l'auteur du tube Stay With Me a remporté quatre (!) des six catégories pour lesquelles il était nominé... Le morceau a été cosigné par le fidèle Jimmy Napes, et coproduit par Disclosure, également proches de Smith. Mais sans qu'on puisse y détecter la touche dance habituelle du duo. Au contraire, Writing's on the Wall présente toutes les caractéristiques du thème "bondien". A une exception près toutefois: les spécialistes font en effet remarquer que la chanson ne reprend pas le titre de l'épisode qu'elle accompagne. Pire: Spectre n'apparaît même pas une seule fois dans les paroles. A la décharge de Smith, on pourra toujours avancer que le terme n'est pas le plus facile à placer dans une chanson -pas simple de trouver des rimes en "ectre"... Rien n'y fait: pour les fans les plus orthodoxes, il y a bien crime de lèse-majesté... Le thème bondien reste en effet un genre à part. Un exercice de style risqué, forcément un peu désincarné, où il convient de respecter certaines règles, tout en les mettant au goût du jour. Les codes, c'est essentiellement John Barry qui les a posés, en arrangeant LE thème de la série. Il est inauguré dès 1962, avec Dr. No, le premier Bond, et le seul à se passer d'un morceau titre. Si, officiellement, la composition reste toujours créditée à Monty Norman, cela n'a pas empêché John Barry de signer la musique de onze épisodes supplémentaires: en 1987, il est crédité une dernière fois à la composition de The Living Daylights. Le morceau est pris en main par le groupe norvégien A-ha, qui cartonne alors dans les hit-parades. Depuis les années 80, le jeu consiste en effet de plus en plus souvent à faire rentrer les dernières idoles pop du jour dans le carcan musical de 007. Deux ans plus tôt, en 1985, Duran Duran avaient ainsi été les premiers à atteindre la première place du Billboard avec A View to a Kill. Les plus grands s'y sont essayés: de Paul McCartney (l'énorme To Live and Let Die) à Madonna (la seule à avoir également joué dans le film dont elle chante le générique, en l'occurrence Die Another Day), en passant par Tina Turner, Bono & The Edge (GoldenEye), Jack White et Alicia Keys (Another Way to Die). La reine indépassable, inégalable, du thème bondien reste cependant Shirley Bassey. Avec Goldfinger (ou encore plus tard Diamonds Are Forever), elle a imposé un standard, un modèle pour tous ceux qui s'attaquent au mythe, combinant classe, élégance, sensualité et menace. A ce petit jeu-là, celle qui est la mieux rentrée dans le moule est probablement Adele, avec Skyfall. Une question de voix, de puissance. Mais peut-être aussi d'époque, pétrie de postmodernité, et dont les barrières temporelles sont malaxées par le Net: même âgée d'à peine 24 ans, Adele peut sans peine donner l'impression d'avoir croisé Bond dans un casino du Strip, en 1964... L.H.