Le surf n'est ni un sport, ni un hobby. C'est une façon d'appréhender le monde, de le palper, d'en mesurer la texture et les contours. Un univers entier perçu à travers le prisme d'une planche -on n'est pas loin de la "tique" de Deleuze qui ne retient qu'un nombre restreint de stimuli parmi la folle exubérance du monde-, ce n'est pas grand-chose. Mais vu à travers une loupe, le réel reprend sa consistance. À la manière des Inuits qui disposent d'une dizaine de mots pour désigner la neige, les surfeurs entretiennent un rapport hors du commun avec l'eau, élément qui leur est aussi essentiel que l'air. Si, au contraire du vocabulaire du Grand Nord, le lexique échoue à restituer la complexité de l'expérience, le peuple de la vague peut compter sur des passeurs. Ces alchimistes transforment le plomb de la sensation en or visuel. En la matière, peu de photographes assènent cette vérité avec autant de pertinence que Morgan Maassen (Santa Barbara, 1980). Qu'il s'agisse d'images fixes ou de films -l'excellent Jungle qui se déroule comme un scrapbook-, le Californien nous fait toucher la vague du bout des doigts. C'est flagrant sur ce cliché noir et blanc qui plonge le regardeur in media res. L'impression, plutôt anxiogène, qui se dégage? Elle est celle de boire la tasse, de peiner à reprendre son souffle. Sans compter qu'elle suggère à l'observateur attentif un autre plan: celui du dispositif nécessaire à enregistrer la représentation. Derrière tout surfeur immortalisé rame un forçat.

Chaque semaine durant l'été, Focus s'arrête sur le travail d'un photographe fasciné par la culture surf.