On a beaucoup glosé ces dernières années sur la notion de cultures underground. Le concept veut-il encore dire quelque chose à l'heure où Internet a tout éclaté, brouillant les hiérarchies et les catégories, permettant aux scènes les plus obscures de se faire instantanément connaître? Telle est la question. Pour la réponse, on laissera chacun tâtonner. Ou on renverra vers la Souterraine. Depuis 2014, ce qui se présente moins comme un label que comme un collectif laboure la chanson française. À sa manière toute personnelle: en délaissant les grandes autoroutes pour se faire ses propres itinéraires bis, en rassembla...

On a beaucoup glosé ces dernières années sur la notion de cultures underground. Le concept veut-il encore dire quelque chose à l'heure où Internet a tout éclaté, brouillant les hiérarchies et les catégories, permettant aux scènes les plus obscures de se faire instantanément connaître? Telle est la question. Pour la réponse, on laissera chacun tâtonner. Ou on renverra vers la Souterraine. Depuis 2014, ce qui se présente moins comme un label que comme un collectif laboure la chanson française. À sa manière toute personnelle: en délaissant les grandes autoroutes pour se faire ses propres itinéraires bis, en rassemblant sur des compilations des groupes peu voire pas connus du tout, aussi invisibles dans les médias traditionnels que sur YouTube si possible. L'idée: mettre en avant des francs-tireurs, et leur éviter de devenir cultes 20 ans après leur parution; créer un réseau aussi, et donc une visibilité pour ce qui est moins une scène homogène qu'un état d'esprit dissident. Particularité: les compilations sont postées sur le site de la Souterraine, téléchargeables à prix libre. C'est encore le cas de OUF, dernière compilation en date. Cette fois, la sortie est cependant doublée d'une version vinyle et CD. L'occasion de marquer le coup pour une anthologie qui balaie les deux dernières années, picorant dans une douzaine de sorties précédentes et traçant ainsi une sorte de "mémoire collective parallèle". Ces mots sont de Benjamin Caschera, l'un des deux piliers de La Souterraine (avec Laurent Bajon). Il écrit encore en présentation du projet: "La Souterraine est un mouvement musical et artistique qui puise son sens dans deux sources: la poésie et le marché. (...) La Souterraine joue le jeu de l'acteur-réseau, inventer le pragmatisme dans la poésie, titiller les bords de ligne et apprendre l'autonomie -la bohème organisée. Par habitude, nous avons une image unidimensionnelle de la réalité, omettant sa remarquable diversité. Alors, nous nous efforc?ons d'observer ailleurs le mouvement des gens de tous les jours qui ont un talent; ceux qui pratiquent la poésie -ici la musique-, comme un art de vivre, un îlot de résistance intime, un espace de survie pour donner un sens à la vie quotidienne et la désaliéner de la routine." Et il y en a de la poésie dans ces 22 titres, "biscornus" peut-être, mais toujours quasi instantanément pop. Parfois étranges certes, mais quasi intégralement séduisants. C'est par exemple le Parisien CHATON qui se pose en une sorte de Mathieu Boogaerts sous autotune, qui aurait moins écouté Pierre Barouh que Kanye West. Plus loin, le Groupe Mostla, constitué notamment d'habitués de la Souterraine, pose que "L'amour, c'est mieux", en lorgnant du côté de la rumba de Kinshasa, tandis qu'Arlt se fait accompagner d'une chorale d'enfants pour souffler le vent sur leur folk pastorale (Est-ce que c'est le vent?). Véritable bestiaire bucolique (Canari, Biche, Colombes, etc.), OUF multiplie ainsi les tentatives de "variété underground" décomplexée, et toujours sincère.