Pour son troisième numéro, qui couvre la période printemps-été 2021, Blink Blank, l'ambitieuse revue du film d'animation, met à profit la prolongation aussi absurde que méprisable de la fermeture des salles de cinéma pour aller voir bien au-delà du seul impératif de l'actualité des sorties et du grand cirque p...

Pour son troisième numéro, qui couvre la période printemps-été 2021, Blink Blank, l'ambitieuse revue du film d'animation, met à profit la prolongation aussi absurde que méprisable de la fermeture des salles de cinéma pour aller voir bien au-delà du seul impératif de l'actualité des sorties et du grand cirque promotionnel qui, bien souvent, l'accompagne. Deux solides morceaux tirent particulièrement leur épingle du jeu. Le premier, dossier central courant sur près d'une quarantaine de pages, pose la question de la représentation du corps féminin dans le cinéma d'animation. Longtemps colonisée par le regard masculin, elle s'incarne désormais dans une infinie variété de formes et d'expressions sous l'impulsion grandissante d'animatrices contemporaines dont le travail relève aussi, mais pas seulement, d'un salutaire geste de réappropriation. Le second, quant à lui, prend la forme d'une enthousiaste et fouillée conversation à bâtons rompus avec Michel Gondry, génial réalisateur polymorphe qui n'en finit jamais de revenir à sa passion pour l'animation. Le reste est à l'avenant: généreux cahier critique, interview habilement menée de Peter Lord qui lève un coin de voile sur la suite très attendue de Chicken Run, premières images de la transposition à l'écran du Sommet des dieux de Taniguchi... " L'animation est pour moi l'invention du cinéma 24 fois par seconde", résume joliment Gondry. Grâce soit rendue à Blink Blank et son équipe de choc de nous le rappeler à chaque page.