La vie ne nous épargne pas. Voilà bien une démonstration qui n'est plus à faire. Du coup, " nous avons tous quelque chose à réparer", proclame un texte bienveillant au seuil de cette exposition salutaire. On savoure la formule tant on est plutôt habitué au "quelque chose à se faire pardonner" du socle judéo-chrétien. Petite parenthèse concrète en passant: que cet accrochage précieux et dense à la fois soit gratuit relève d'un miracle au croisement improbable de la politique et de la culture. C'est donc de réparation au carré, de réparation dans la Réparation, que l'on a envie de parler tant, avec ses contours rénovés et ses pièces bien chauffées, la Maison des ...

La vie ne nous épargne pas. Voilà bien une démonstration qui n'est plus à faire. Du coup, " nous avons tous quelque chose à réparer", proclame un texte bienveillant au seuil de cette exposition salutaire. On savoure la formule tant on est plutôt habitué au "quelque chose à se faire pardonner" du socle judéo-chrétien. Petite parenthèse concrète en passant: que cet accrochage précieux et dense à la fois soit gratuit relève d'un miracle au croisement improbable de la politique et de la culture. C'est donc de réparation au carré, de réparation dans la Réparation, que l'on a envie de parler tant, avec ses contours rénovés et ses pièces bien chauffées, la Maison des Arts se découvre comme un endroit qui soigne l'oeil et l'esprit. Dès la première salle, ce sont deux oeuvres d'Élodie Antoine (1978) qui happent. Sur la cheminée de marbre blanc, dos au grand miroir, une Calotte crânienne, dont les petits morceaux gaufrés roses sont éparpillés, dit la perte et le fracas. Un peu plus loin, sous un piédestal de bois, un petit objet en métal. En s'approchant, on découvre qu'il s'agit d'une Boîte à épingle dont le couvercle en lycra matelassé figure un cortex cérébral. Piqué d'aiguilles, il agit à la façon d'un vaudou étrange. On ne peut que s'émouvoir de cette création qui fait le choix de ne pas tout à fait divorcer de la fonction. Dans cet adossement à l'usage, on veut lire un aveu d'humilité poignant, celui de ne pas vraiment prétendre totalement à l'oeuvre d'art. Une plasticienne " aimant fabriquer des objets avec ses mains" indique de manière éclairante l'un de ces petits cartels, aussi précis que concis, qui, avec beaucoup d'à-propos, scandent le parcours sur deux niveaux. " Portrait de l'artiste en dentellière", ajoutera-t-on. On aurait aimé aborder par le détail les propositions des neuf artistes conviés -dans la mesure où pas une seule faiblesse, pas un seul manque de pertinence, n'a été décelé. Hélas, ce désir d'exhaustivité s'accommode mal d'une chronique calibrée. C'est donc avec pas mal d'injustice que le tri s'effectue non sans un espoir secret: que les oeuvres tues, mais pas négligées, seront autant de surprises préservées pour le curieux. Poursuivons. L'ancienne bibliothèque magnifiquement restaurée offre un autre temps fort de Réparation. On le doit à la Gantoise Sofie Muller (1974) qui a disposé quatre sculptures dans l'espace. Il s'agit d'autant de têtes en albâtre qui ne sont pas sans évoquer l'approche d'un Claudio Parmiggiani. À la différence qu'ici, l'installation se présente comme une séquence temporelle, un "dégradé" au sens le plus cru du mot. Les visages en question s'apparentent à des gueules cassées dont les parties endommagées varient selon l'ordre de disposition, du plus jeune au plus vieux. Le dispositif convoque une sorte de transposition dans la pierre des célèbres clichés d'Eadweard Muybridge, soit une petite grammaire, horrifiante, de la "décomposition". À cela, il faut ajouter le support choisi pour faire reposer les oeuvres, soit de solides boîtes en métal rappelant l'horrible paquetage du soldat. Telle est la condition humaine qui fait de nous des fantassins égarés au milieu d'un champ de bataille. L'explosion guette chaque pas.