Il s'est longtemps fait attendre, mais à quelques jours de la rentrée, il semble qu'on le tient, enfin. Le tube de l'été 2020 -challenge TikTok compris- est bel et bien Jerusalema. Le morceau, signé Master KG, est n°1 à peu près partout dans le monde (en Belgique, depuis la semaine dernière), devenant le premier vrai tube sud-africain post-apartheid.
...

Il s'est longtemps fait attendre, mais à quelques jours de la rentrée, il semble qu'on le tient, enfin. Le tube de l'été 2020 -challenge TikTok compris- est bel et bien Jerusalema. Le morceau, signé Master KG, est n°1 à peu près partout dans le monde (en Belgique, depuis la semaine dernière), devenant le premier vrai tube sud-africain post-apartheid. Aussi exceptionnelle que soit cette réussite, elle ne fait que confirmer l'importance qu'a prise l'afropop sur la scène musicale planétaire. À cet égard, nul ne l'incarne mieux que Burna Boy. Depuis la sortie de son premier album, L.I.F.E en 2013, le Nigérian est devenu une vraie superstar. Le genre d'artiste dont on s'arrache le featuring, histoire de donner à son morceau un cachet plus global. On l'a ainsi vu glisser son nom sur des morceaux de Beyoncé, Drake, Jorja Smith ou encore sur une version remixée de... Jerusalema.Né en 1991, Damini Ebunoluwa Ogulu de son vrai nom connaît ses classiques, nigérians notamment. Pour cause: son grand-père maternel officia comme manager de Fela Kuti, héros africain dont l'aura reste intacte, plus de 20 ans après sa mort. Burna Boy a d'ailleurs tatoué le visage de son idole sur son bras gauche et sample régulièrement sa voix dans ses disques -le nouveau Twice as Tall ne fait pas exception. Si Burna Boy est attaché à la tradition, c'est pour mieux la glisser dans la modernité. Ses années passées à Londres y ont contribué. Officiellement parti pour "étudier", il y a surtout élargi sa palette musicale et compris l'intérêt d'une musique qui ferait le lien entre les différents côtés de ce que le sociologue Paul Gilroy a baptisé "l'Atlantique noir". De l'afrobeat de Fela, Burna Boy va ainsi passer à l' afrobeats, mélangeant les différents sons d'Afrique de l'Ouest. Les influences dancehall et surtout hip-hop US se font également sentir, y compris dans son goût pour l'hyperbole: pour preuve, les titres de ses albums, de L.I.F.E pour Leaving an Impact for Eternity à African Giant. La pochette de Twice as Tall tient d'ailleurs du même registre, tandis que le titre 23, l'une des nombreuses autocélébrations du disque, fait référence au numéro de Michael Jordan. Cette assurance, Burna Boy a toutefois appris à s'en servir pour célébrer plus généralement son identité africaine. À cet égard, porté par sa voix rauque, son mélange de yoruba et d'anglais "nigérianisé" distille un cool assez irrésistible dans son genre -l'empêchant de glisser dans la pop mondiale javellisée. Panafricain convaincu, il invite la star Youssou N'Dour sur Level Up, tandis que les Kenyans de Sauti Sol interviennent sur Times Flies. Certes, musicalement, ses morceaux cherchent en permanence -attention mot piège- la "fusion" parfaite (la ballade Real Life, en compagnie de Stormzy). Pour autant, l'Afrique reste au centre de son propos- "It's black love, it's real love" sur Alarm Clock. C'est a fortiori le cas de Monsters You Made. Résumant la démarche de Burna Boy, le morceau dénonce à la fois le colonialisme et la corruption des élites africaines, tout en filant le refrain à Chris Martin de Coldplay. Ou comment viser le tube mondial tout en glissant un message plus politique...