Il y a, dans le parcours d'un lecteur de BD, l'album dissimulé qu'il a réussi à attraper, encore enfant, sur l'étagère du dessus et qui l'a traumatisé. Black River de Josh Simmons pourrait être celui-là. Dans un univers post-apocalyptique, on suit une troupe composée essentiellement de femmes évoluant dans un paysage de destruction, recouvert en permanence de neige. Leur but: rejoindre la mythique ville de Gattenburg où la vie, paraît-il, ressemble encore à celle du bon vieux temps, avec eau courante, électricité, agriculture, bétail, frigos, chaînes hi-fi... Inutile de dire que leur parcours sera semé d'embûches. Et si ce n'est pas le froid qui emporte les membres de la troupe, ce sont les mauvaises rencontres. Parfois les femmes ont le dessus, parfois non. Et là, ça fait très mal. Celles qui en réchappent y laissent leur santé mentale, réduisant à peau de chagrin l'espoir qui les animait encore. Est-ce le fait que les États-Unis se soient construits sur un génocide ou que la possession d'armes soit inscrite dans la Constitution qui fait que la vision du futur des auteurs américains est particulièrement violente? Quoi qu'il en soit, le sentiment d'horreur qui émane de Black River tient au dosage par Simmons de la violence -tantôt directe, tantôt suggérée- et un sentiment d'empathie pour des personnages privés d'espoir. Indispensable, mais à placer plus haut dans la bibliothèque!

De Josh Simmons, éditions Huber, 112 pages.

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