Comment traduire le concept de library music? Pour une fois, il ne sera pas question de se lancer dans de grandes et longues descriptions stylistiques. La library music ne se définit en effet pas par sa nature, mais bien par sa fonction. Autrement dit, l'important n'est pas comment elle est faite, mais bien pour qui elle est faite. C'est au cours des années 60, avec l'explosion de la télévision et du cinéma, que la demande pour des musiques d'accompagnement et autres effets sonores a véritablement explosé. Face au flot d'images, il a fallu produire toujours plus de musiques, idéalement calibrées pour...

Comment traduire le concept de library music? Pour une fois, il ne sera pas question de se lancer dans de grandes et longues descriptions stylistiques. La library music ne se définit en effet pas par sa nature, mais bien par sa fonction. Autrement dit, l'important n'est pas comment elle est faite, mais bien pour qui elle est faite. C'est au cours des années 60, avec l'explosion de la télévision et du cinéma, que la demande pour des musiques d'accompagnement et autres effets sonores a véritablement explosé. Face au flot d'images, il a fallu produire toujours plus de musiques, idéalement calibrées pour chaque ambiance, classées selon le tempo, l'humeur, la couleur, etc. Débitées à la chaîne, ces créations sur mesure étaient souvent l'oeuvre d'anonymes musiciens de studio. Ne cherchez donc pas de tubes: la compilation Unusual Sounds, sous-titrée The Hidden Story Of Library Music, n'en contient pas -en tout cas pas directement. Elle n'en reste pas moins passionnante. Accompagnant le livre éponyme écrit par Dave Hollander sorti au printemps (pour l'instant uniquement disponible en anglais), préfacé par George Romero (dont la musique d'accompagnement utilisée dans La nuit des morts vivants a marqué l'histoire du cinéma), elle offre une plongée dans l'histoire d'un non-genre qui n'arrête plus d'être redécouvert. Car si la library music se veut le plus souvent anecdotique, ou décorative, elle a fourni aussi de vrais petits bijoux. Les producteurs hip hop et autres archéologues du vinyle ne s'y sont d'ailleurs pas trompés. Ce sont souvent eux qui ont fouillé dans le genre, y dégotant un riff perdu ou une boucle abandonnée. On comprend facilement pourquoi en écoutant les dix-huit titres. Passé le côté kitschounet des cuivres, le Funky Fanfare de Keith Mansfield -l'un des noms qui revient le plus souvent quand on parle de library music- balance un groove particulièrement bien senti. Plus loin, Tropicola, signé Stringtronics, fait également des étincelles. L'un comme l'autre ont été d'ailleurs samplé par Danger Mouse... La library music est loin d'être une spécialité anglaise. La France est également une terre fertile en la matière, que l'on songe par exemple ici à Ophis le serpentaire, morceau easy listening luxuriant pondu par Vincent Geminiani, et publié originellement par le label Musique pour l'image. De son côté, La dimostrazione, signée Daniele Patucchi, doit continuer de faire fantasmer plus d'un producteur hip hop, avec son roulement de batterie affriolant. On l'a dit, le genre n'en est pas vraiment un. Unusual Sounds propose donc aussi bien des excursions disco (le Fancy Good d'Electric Machine, qui sonne comme du Two Man Sound) que des trips plus cosmiques orientalisants (la flûte de la star belge Joel Vandroogenbroeck sur Fairy Tale), voire carrément des petites pastilles ambient ( Dream Number Two de Roland Hollinger). Soit, une musique de fond qui ne fait définitivement pas tapisserie.