Passé maître de la débrouille créative au petit écran, pour le plus grand bonheur des jeunes téléspectateurs, Bernard Halut a su s'en souvenir en réalisant un 1er long métrage aussi tardif (notre homme a 50 ans) qu'épatant. Son Miss Mouche prend pour héroïne une fillette d'une douzaine d'années, et pour matériau d'un drame prenant les scènes captées sur le vif par la caméra de son téléphone portable. Ce nouvel OVNI cinématographique made in Belgium creuse avec bonheur la voie féconde du "faux vrai" ouverte par C'est arrivé près de chez vous. " Tout en travaillant à la RTBF, j'avais gardé ...

Passé maître de la débrouille créative au petit écran, pour le plus grand bonheur des jeunes téléspectateurs, Bernard Halut a su s'en souvenir en réalisant un 1er long métrage aussi tardif (notre homme a 50 ans) qu'épatant. Son Miss Mouche prend pour héroïne une fillette d'une douzaine d'années, et pour matériau d'un drame prenant les scènes captées sur le vif par la caméra de son téléphone portable. Ce nouvel OVNI cinématographique made in Belgium creuse avec bonheur la voie féconde du "faux vrai" ouverte par C'est arrivé près de chez vous. " Tout en travaillant à la RTBF, j'avais gardé dans un coin de la tête l'idée de faire de la fiction. Enfin, pour le cinéma, car avec Bla-Bla c'était déjà de la fiction, et j'en écrivais 12 minutes par jour!" Le réalisateur de Miss Mouche avait notamment ébauché un scénario centré sur "un type qui filme tout avec son caméscope", un projet " à la Blair Witch" et intitulé... REC, bien avant qu'un tandem de cinéastes espagnols utilise le même titre pour un formidable film d'horreur faussement documentaire. Quand il apprit qu'un concours était lancé par les Cinéastes Associés pour des films à " microbudget", Halut écrivit en 7 jours un script de long métrage à partir de cette idée, passant entre autres du caméscope au gsm. Recalé en première sess', il réécrivit pour la seconde (en collaboration avec Bernard Cogniaux et Marie-Paule Cumps) et triompha, un peu surpris lui-même de cette victoire qui rendait possible la concrétisation de ce qu'il avait lui-même présenté à ses coscénaristes comme " un truc de fou". " A la télé, on sait comment travailler dans la pauvreté. Une émission comme Ici Bla-Bla , en particulier, est une école de la débrouille: il faut savoir être inventif avec des bouts de ficelle, utiliser tout ce qu'on peut avoir sous la main", déclare un Bernard Halut qui a su mettre à profit cet acquis en réalisant Miss Mouche en 20 jours et pour moins de 150 000 euros. " Face à des contraintes très fortes, savoir s'éclater quand même, user de l'imagination pour se libérer des limites imposées, pas mal de réalisateurs belges connaissent!", sourit celui qui a trouvé " géant" de pouvoir s'essayer -enfin- au cinéma de long métrage avec un Miss Mouche assez joliment réussi. " Bien sûr le microbudget ne peut pas être une solution globale pour notre cinéma, s'empresse-t-il d'ajouter, il faut que les collaborateurs d'un film soient payés autrement qu'en simple défraiement, voire pas du tout..." Mais pour lui, qui " ne cherche pas à faire carrière", la possibilité de faire un film dans ces conditions reste comme un cadeau, offert en partage dès la semaine prochaine sur nos écrans après quelques passages festivaliers. Avec, dans le rôle principal, l'étonnante Mona Jabé, à laquelle Bernard Halut a demandé de rester la plus naturelle possible. " Elle a une énergie folle, elle joue tout le temps, est tout le temps en mouvement, et elle se sentait très proche du personnage", s'émerveille encore l'heureux réalisateur qui n'a pas eu à beaucoup "diriger" sa jeune interprète. Laquelle avait l'autorisation de filmer elle-même avec le gsm des images dont le cinéaste s'inspirait parfois pour les refaire et intégrer le souvent surprenant résultat... LOUIS DANVERS