Deux ans après Tesnota, Beanpole vient confirmer le talent de mise en scène peu commun du jeune prodige russe Kantemir Balagov. En partie inspiré par La guerre n'a pas un visage de femme (1985), essai documentaire de l'écrivaine nobélisée Svetlana Aleksievitch, le film situe son action en 1945 à Léningrad, alors que la ville et ses habitants s...

Deux ans après Tesnota, Beanpole vient confirmer le talent de mise en scène peu commun du jeune prodige russe Kantemir Balagov. En partie inspiré par La guerre n'a pas un visage de femme (1985), essai documentaire de l'écrivaine nobélisée Svetlana Aleksievitch, le film situe son action en 1945 à Léningrad, alors que la ville et ses habitants sont ravagés à la suite du siège que l'on sait. Dans ce climat de misère et de chaos, deux femmes, la blonde Iya et la rousse Masha, tentent de se reconstruire et de donner un sens à leur existence. Asperge longiligne au physique de girafe, la première travaille comme infirmière dans un hôpital où sont soignés des anciens combattants blessés. Souffrant elle-même d'un syndrome post-traumatique sévère se manifestant sous forme de crises de tétanie qui la laissent figée en de longues absences, elle retrouve la seconde, moralement et physiquement abîmée, à son retour du front. C'est le début d'un quotidien partagé où la souffrance le dispute à la sidération qui succède à l'horreur... Huis clos théâtralisé où le champ de ruines intérieur qui habite les protagonistes renvoie sans guère d'équivoque à la débâcle du monde alentour, Beanpole travaille avec rigueur une mise en scène de l'étouffement, voire de la suffocation, où les choses les plus sacrées se jouent dans les silences. Parfois simplement éclairée à la bougie, la photographie du film puise chez les grands maîtres de la peinture hollandaise (Rembrandt, Vermeer) matière à sublimer les sentiments contraires qui sous-tendent son récit, entre douloureux poids du trauma et fragiles appels de vie. Pas de bonus DVD.