La chasse est une chose sérieuse. Pour ses adeptes, elle permet de réguler la faune, de consolider les liens virils unissant ses participants et de se mesurer avec la nature sauvage. Certaines confréries, à l'image de celle des "Blanchistes", organisent une épreuve annuelle appelée "La Grande Battue". Elle rassemble une centaine de participants qui, sur quelques jours...

La chasse est une chose sérieuse. Pour ses adeptes, elle permet de réguler la faune, de consolider les liens virils unissant ses participants et de se mesurer avec la nature sauvage. Certaines confréries, à l'image de celle des "Blanchistes", organisent une épreuve annuelle appelée "La Grande Battue". Elle rassemble une centaine de participants qui, sur quelques jours, vont s'affronter dans des joutes éliminatoires; les gagnants auront le privilège d'intégrer le clan. Pour ses détracteurs, c'est un passe-temps morbide et cruel pratiqué par des brutes épaisses aux idées situées vers la droite extrême. Camille Duhamel, ancienne du sérail, partage cette opinion. Elle va pourtant participer à la Grande Battue, poussée par Hassan, un journaliste voulant démontrer les liens supposés qui unissent les Blanchistes à des groupuscules politiques obscurs. Privilège de l'oeil sur les autres sens, ce qui frappe au premier abord à la lecture de Battue est le graphisme particulier de Lilian Coquillaud. Le panel de couleurs dominant est un camaïeu de roses, mauves et violets, appliqué en lavis. Celui-ci est rehaussé par l'orange des tenues réfléchissantes des chasseurs et de la chevelure fauve de Camille. On a l'impression d'être plongé jusqu'au cou dans un sous-bois en automne. Le dessin se fait flou ou précis selon les besoins du récit, imitant les profondeurs de champ d'une caméra. C'est remarquable. Le travail de scénariste de Marine Levéel l'est tout autant. La maîtrise du sujet est totale et l'autrice ne tombe pas dans le piège de la surenchère. La fin aurait pu, malgré tout, être plus étoffée quant au déroulé de l'action. En revanche, l'issue en points de suspension ne nuit en rien à l'ensemble du récit au vu de la puissance de l'épreuve que traverse Camille.