Lorsqu'on le découvre, on a l'impression que de la première à la dernière note, c'est le même assaut de pantalon par les fourmis: difficile de ne pas secouer le cocotier et le reste avec. Le premier album de Konono n°1 depuis 2011 ne trahit aucune des habitudes du groupe de Kinshasa, mais cette fois-ci, la potion rythmique a incubé autant du côté de l'Equateur que de Lisbonne. Et d'autres immixtions -un bidon trafiqué par-ci, un guitariste par-là- viennent nuancer l'Internationale des hanches. "Contrairement aux autres rencontres musicales, que ce soit avec Björk ou Herbie Hancock, Konono ne va pas faire un tour ailleurs mais invite quelqu'un à se joindre à lui sur son propre disque, en l'occurrence Konono n°1 Meets Batida", explique Michel Winter, manager du band et de l'autre formation tradi-modern de RDC, Mbongwana Star. C'est dire s'il connaît deux ou trois choses sur la tenue de route d'une musique rendue fameuse par l'usage du likembe. "Piano à pouces"où des lamelles tendues sur une caisse de résonan...

Lorsqu'on le découvre, on a l'impression que de la première à la dernière note, c'est le même assaut de pantalon par les fourmis: difficile de ne pas secouer le cocotier et le reste avec. Le premier album de Konono n°1 depuis 2011 ne trahit aucune des habitudes du groupe de Kinshasa, mais cette fois-ci, la potion rythmique a incubé autant du côté de l'Equateur que de Lisbonne. Et d'autres immixtions -un bidon trafiqué par-ci, un guitariste par-là- viennent nuancer l'Internationale des hanches. "Contrairement aux autres rencontres musicales, que ce soit avec Björk ou Herbie Hancock, Konono ne va pas faire un tour ailleurs mais invite quelqu'un à se joindre à lui sur son propre disque, en l'occurrence Konono n°1 Meets Batida", explique Michel Winter, manager du band et de l'autre formation tradi-modern de RDC, Mbongwana Star. C'est dire s'il connaît deux ou trois choses sur la tenue de route d'une musique rendue fameuse par l'usage du likembe. "Piano à pouces"où des lamelles tendues sur une caisse de résonance -une simple planche fait l'affaire- donnent via le miracle de l'électrification, une sonorité entre guitare obsessionnelle et Marsupilami métallique. Un "boing boing" qui a des facultés d'hypnotiseur. "On avait conscience que ce serait bien d'avoir un apport extérieur", explique Winter, citoyen français installé à Bruxelles depuis quelques décennies. "Et c'est en octobre 2014, au Womex (1) tenu à Saint-Jacques-de-Compostelle, que Marc Hollander, le boss de Crammed, a flashé sur la prestation de Batida."Qui est donc ce Pedro "Batida"Coqueñao? Un Blanc, né en Angola, l'ancienne colonie portugaise que sa famille quitte lorsqu'il est encore enfant pour s'installer à Lisbonne. Auteur-compositeur, graphiste et vidéaste, ce trentenaire s'est fortement inspiré de la bricole africaine -notamment via le dikanza, racloir en bambou frotté par une baguette en bois- pour introduire un néo-primitivisme dans un corpus plus électronique. Le résultat est baptisé Batida, du nom des innombrables compilations pirates qui fleurissent sur les marchés de Luanda et aussi du titre d'une émission de la radio portugaise. C'est peu dire que Pedro synthétise tout cela, jamais très loin d'une conscience politique aiguisée par le bordel politique de l'Angola -40 fois la Belgique...- dont on connaît peu la musique, mis à part les géniales complaintes crève-coeur de Bonga. Indépendant depuis 1975 seulement, l'Angola en a aujourd'hui fini avec 25 ans de guerre civile, mais comme son voisin du nord, le Congo, ses ressources minières ont fait de lui un sanglant terrain d'enjeux géopolitiques. On voulait aussi parler de tout cela avec Batida, avant que les attentats belges ne compliquent la circulation d'ici au Portugal. "Ce n'est évidemment pas la raison principale de cette aventure, mais le fait est que plusieurs membres de Konono sont originaires de la région proche de l'Angola, le Bas-Congo: seules les colonisations belge et portugaise ont séparé un même territoire en pays différents", précise Winter dans sa cartographie des sentiments musicaux. Quand les Konono débarquent au printemps 2015 à Lisbonne, c'est davantage avec un état d'esprit papier buvard que précédemment. L'expérience Congotronics vs Rockers est passée par là en 2011 lorsqu'une paire de Konono s'est embarquée avec d'autres Africains de l'écurie Crammed (Kasai Allstars) dans un groupe composé d'une dizaine de musiciens indies américains, suédois et argentins. Loin du schéma du producteur-démiurge (à moitié) occidental faisant main basse sur le talent de musiciens africains réduits à obtempérer, la rencontre se passe en totale harmonie et respect mutuel. Dans la bio du disque, Batida écrit ceci: "J'ai toujours eu le sentiment qu'il y avait une façon condescendante de percevoir la musique venant d'Afrique, toujours décrite comme "ethnique", tribale ou par un terme aussi vague que "world music". Konono représente ce que j'admire: une idée simple qui se joue des frontières et du temps. Mon bidon d'huile (trafiqué) qui est mon instrument principal, est inspiré d'un likembe de Konono." Batida se met donc à la température, y compris avec le Bruxellois Vincent Kenis, producteur jusque là des albums africains de Crammed, ici embarqué comme coréalisateur, ingé son et go-between linguistique entre les Kinois et le Lisboète. Au lieu de l'espace d'enregistrement initialement prévu, un endroit classieux, c'est le garage de Batida qui devient la cocotte-minute de l'aventure. Tous y jamment, expérimentent et s'amusent, parlant peu de langues communes autre que cette musique au rituel immuable, celui du plaisir fonceur. Dans son jardin molenbeekois en cette mi-avril, tout en soulignant la difficulté économique et logistique de produire du son africain contemporain, Michel Winter analyse la rencontre: "Il y a une marque Konono que tu ne peux pas lâcher complètement parce qu'elle est nourrie de traditions ancestrales. Vincent et Pedro ont bien mené la barque en rajoutant des couleurs sans dénaturer la transe..." (1) ÉVÉNEMENT WORLD TENU CHAQUE ANNÉE À L'AUTOMNE DEPUIS 1994. TEXTE Philippe Cornet