Buena Vista Social Club
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Buena Vista Social Club DISTRIBUÉ PAR WORLD CIRCUIT/V2. 7 C'est l'histoire d'un petit miracle. Quand l'album Buena Vista Social Club sort en 1997, ils sont peu nombreux à parier sur son succès. Qui pourrait bien s'intéresser au disque de vieux musiciens cubains oubliés, la plupart ayant déjà dépassé les 80 balais? A l'époque, le producteur-guitariste Ry Cooder espère en écouler entre 4000 et 5000 exemplaires. Au final, plus de huit millions de disques seront vendus dans le monde. Depuis, aucun album étiqueté "world music" n'a fait mieux... Pas mal pour un disque qui n'aurait jamais vraiment dû voir le jour. Quand Nick Gold, le patron du label World Circuit, débarqua à Cuba, l'idée initiale était de se faire rencontrer les musiques cubaines et celles d'Afrique de l'Ouest. Pas de bol: bloqués chez eux par des problèmes de visa, les musiciens africains n'arriveront jamais à La Havane. Gold maintiendra malgré tout les sessions. Sous la direction de Juan de Marcos Gonzales et de Cooder, les enregistrements se dérouleront aux anciens studios EGREM, pendant six jours. Une petite semaine pas plus, pour graver l'un des albums les plus importants de la musique cubaine... Depuis lors, Gold a pu réaliser son fantasme (l'album Afrocubism, en 2010). D'autres disques solos sont venus également compléter le tableau, en même temps qu'un docu, signé Wim Wenders... Ces dernières années, le Social Club a perdu cependant quelques-uns de ses membres les plus éminents, tels Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez ou Compay Segundo... Lancée il y a quelques mois, une tournée baptisée Adios est ainsi censée mettre un point final à l'aventure. Dans la foulée, un nouveau disque vient également boucler la boucle. Lost and Found plonge dans les archives du Social Club pour un dernier baroud d'honneur. Les enregistrements sont issus d'une période allant de 1996 au début des années 2000. Certains morceaux sont directement tirés des premières sessions. Comme Macusa où l'on retrouve la paire du "tube" Chan Chan, formée de Segundo et Eliades Ochoa. Ou la doublette Quiéreme Mucho/Pedacito De Papel, présentée comme un solo qu'Eliades Ochoa a couché sur bande, en toute fin de nuit, alors que tous les autres musiciens étaient rentrés dormir. A l'inverse, Guajira En F a été enregistré plus tard, son cubano pétaradant, où les cuivres s'en donnent à coeur joie. Certes, la cohésion n'est pas la plus grande qualité de Lost and Found. Il assemble trop de moments et de périodes différents pour cela. Parce que la matière manquait pour construire une setlist plus homogène? On peut légitimement se poser la question. Sans d'ailleurs que cela ne gâche le plaisir. Lost and Found reste en effet un témoignage souvent vibrant d'une aventure dont la fluidité musicale épate encore et toujours. C'est particulièrement saisissant sur les enregistrements live, comme le bouillonnant Mami Me Gusto, dégoupillé par Ibrahim Ferrer lors de sa tournée solo de 2000. Ou le bolero Bruca Manigua en ouverture. A l'autre extrémité du disque, Ruben Gonzalez termine seul au piano, avec le standard Como Siento Yo, capté à Londres. Juste derrière, on l'entend encore chanter au loin, vocalisant comme un gamin. Les héros ne meurent jamais... LAURENT HOEBRECHTS