Du stridulement de la sauterelle au barrissement de l'éléphant, la langue française se peuple de termes obscurs désignant des cris d'animaux. Celui de la créature imaginaire de Fe n'a pas de réel équivalent terrestre. Mais le chant de ce canidé bipède au regard phosphorescent fascine. Le gamer joue en effet avec la puissance de ses vocalises -une sorte de hurlement de louveteau- pour réveiller un univers fantastique. Un ressort ludique furieusement original irradiant les phases d'exploration de ce monde ouvert en floraison.
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Du stridulement de la sauterelle au barrissement de l'éléphant, la langue française se peuple de termes obscurs désignant des cris d'animaux. Celui de la créature imaginaire de Fe n'a pas de réel équivalent terrestre. Mais le chant de ce canidé bipède au regard phosphorescent fascine. Le gamer joue en effet avec la puissance de ses vocalises -une sorte de hurlement de louveteau- pour réveiller un univers fantastique. Un ressort ludique furieusement original irradiant les phases d'exploration de ce monde ouvert en floraison. Froid comme un hiver en Suède (dont il est originaire), Fe aborde le thème de la communication entre les espèces. Ses paysages minéraux et végétaux excluent tout dialogue et toute présence humaine. Jeté sans explication dans des paysages angulaires et quasi monochromes, le joueur essaie plutôt d'harmoniser les vocalises de sa peluche noire à celles d'animaux croisés au fil de sa progression. Toute l'originalité de ce jardin extraordinaire élégamment dessiné en low poly (1) est là. En déplaçant graduellement et délicatement la gâchette droite du joypad, on tente ainsi de se caler sur la fréquence vocale de chimères forestières. Des végétaux touffus qui dansent sur des vocalises animales. Une dizaine de petites belettes qui suivent les pas du gamer. Fe réserve des moments de grâce naturalistes où planent les ombres d' Okami et de Journey. Le jeu d'exploration ne marche pas pour autant comme un walking-simulator. Les Silencieux, des cyclopes muets aux airs de Patapon géant, menacent ainsi le fragile équilibre de son écosystème. Pour aider ce monde en péril, le joueur apprend donc des langages musicaux de différentes espèces au fil de sa progression. Monter sur le dos d'un gigantesque volatile aux airs de raie manta. Faire jaillir le granulé d'une plante pour le jeter contre un cocon emprisonnant un être terrifié. Activer un tunnel d'air chaud vertical (à partir d'une fleur) pour être projeté en l'air. Les pouvoirs débloqués au fil de la progression aident aux phases d'exploration et aux (gentils) combats de Fe. Échapper au regard tueur des Silencieux offre l'occasion aux Suédois de Zoink! de lâcher des phases d'infiltration aux airs de cache-cache derrière des rochers. Le jeu sans barre de vie fait d'ailleurs comprendre ce qu'il attend du joueur sans explication. Ce dernier doit ainsi observer attentivement ce jardin extraordinaire pour en tirer des indices. Hélas, les ambitions ludiques de ce voyage initiatique se fanent rapidement. Derrière la poésie, la redondance du level design fatigue. Sauter sur une corniche vertigineuse, grimper sur la cime d'un arbre ou même planer un court instant... Les phases de plateforme font la grimace face au talent de Super Mario: Odyssey. S'il offre une carte pour se repérer et une entité magique guidant le gamer perdu sur le terrain, le monde de Fe manque également de lisibilité. De quoi mener vers des détours vains et frustrants. Exactement à l'image des ambitions indé d'Electronic Arts.