Cette année, de près ou de loin, tous les spectacles du Festival d'Avignon ont été reliés à la crise que traversent les intermittents du spectacle et leurs droits rabotés à l'assurance-chômage (pour faire court). Si le festival ne fut pas annulé, il subit trois jours de grève, une douzaine de spectacles annulés et une perte de 300 000 euros (sur un budget de près de 12 millions). Une lutte des intermittents qui résonne par chez nous via le "statut d'artiste" mis à mal par les nouvelles dispositions de l'assurance-chômage.
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Cette année, de près ou de loin, tous les spectacles du Festival d'Avignon ont été reliés à la crise que traversent les intermittents du spectacle et leurs droits rabotés à l'assurance-chômage (pour faire court). Si le festival ne fut pas annulé, il subit trois jours de grève, une douzaine de spectacles annulés et une perte de 300 000 euros (sur un budget de près de 12 millions). Une lutte des intermittents qui résonne par chez nous via le "statut d'artiste" mis à mal par les nouvelles dispositions de l'assurance-chômage. Françoise Bloch, metteuse en scène présente à Avignon (La Manufacture) avec Money!, résume la situation: "En France comme en Belgique, les décisions sont prises sans concertation avec les milieux concernés et dans la régression de leurs droits. A la rentrée, il faudra se faire entendre par les syndicats en ralliant d'autres secteurs précarisés comme les intérimaires. Car il reste difficile de déclencher un mouvement fort avec un groupuscule autoproclamé, entre nous." Isabelle Jans, co-directrice des Doms, la "vitrine francophone belge en Avignon", a demandé aux neuf compagnies accueillies de créer un tableau Excel avec deux colonnes qui décortiquent, pour chaque création, le temps de travail "réel" et les heures "payées". Résultat: en moyenne, seulement 18 % d'heures effectivement rémunérées! "Il faut revoir le statut de l'artiste mais en concertation et en tenant compte des spécificités. De plus, notre milieu est aussi touché par la réduction des subventions et la non-indexation des conventions alors que les salaires et les frais fixes augmentent. La seule variable: couper dans la part artistique. Ce qui peut fragiliser les productions." Venu à Avignon sur fonds propres ou presque, avec Le Crépuscules des idiots, l'acteur-chanteur Daniel Hélin est franc. "La grève? Je suis plutôt du genre "Jouer contre tout". Les artistes sont considérés comme des glandeurs et des profiteurs. Tant qu'on n'aura pas avec nous les intérimaires ou les personnes qui font quatre boulots pour joindre les deux bouts, on restera des plouckys!" Dans le In, Fabrice Murgia a pris la parole à la fin de son spectacle, invitant tous les artistes et techniciens belges à le rejoindre. Emouvante, sa lettre aux citoyens via les journalistes belges (en intégralité sur le site de Focus) est dans le droit fil de son spectacle sur la "peur de n'être" (lire ci-contre). "Quand je lis la presse et les commentaires des forums Internet sur la situation des artistes, ça fait peur... La peur que tout à coup, tout le monde se mette à penser la même chose des artistes... Dites-leur que nous avons peur des regards de ceux qui pensent que nous profitons du système quand nous nous tuons au travail... " Les artistes rencontrés nous le disent tous: "La rentrée sera chaude." Le collectif informel ConseilDead (actif sur Facebook) réclame par exemple des Etats Généraux du secteur artistique. Un rassemblement est d'ailleurs prévu le 10 septembre. De plus, l'arrivée de la nouvelle ministre de la Culture (et de l'Enseignement) Joëlle Milquet semble éveiller un maigre espoir chez certains: "Seul un premier couteau pourra réellement défendre la profession et un budget pour la Culture, le parent pauvre de la Fédération Wallonie Bruxelles." Wait and see...NURTEN AKA