C'est la troisième fois qu'un parcours d'arts actuels traverse Thuin. Passons sur la première édition qui fut un coup d'essai. C'est en 2015 que l'idée décolle de transformer par la création cette ville à la géographie si particulière -elle est accrochée à un éperon rocheux. Logique, cette année-là, Mons est capitale européenne de la Culture, donc budget il y a. Dans la foulée de cette manne, il est demandé au BPS22 d'imaginer une sorte de musée à ciel ouvert en incitant une quinzaine de plasticiens à investir le périmètre. Deux vitesses au projet: certains sont invités à dessiner un projet éphémère, d'autres à im...

C'est la troisième fois qu'un parcours d'arts actuels traverse Thuin. Passons sur la première édition qui fut un coup d'essai. C'est en 2015 que l'idée décolle de transformer par la création cette ville à la géographie si particulière -elle est accrochée à un éperon rocheux. Logique, cette année-là, Mons est capitale européenne de la Culture, donc budget il y a. Dans la foulée de cette manne, il est demandé au BPS22 d'imaginer une sorte de musée à ciel ouvert en incitant une quinzaine de plasticiens à investir le périmètre. Deux vitesses au projet: certains sont invités à dessiner un projet éphémère, d'autres à imaginer une proposition pérenne. Les contraintes? Elles ne sont pas là où on les attend. Par exemple, il n'est pas question de dessiner un parcours prétexte sillonnant les temps forts de l'ancienne cité médiévale pour en faire un parcours touristique. Ouf. En revanche, chaque intention passe à travers le filtre d'une commission de citoyens amenés à se prononcer sur la pertinence de la future oeuvre. Pas facile? Des artistes habitués à travailler in situ ont été sollicités mais il va de soi que ces créateurs doivent aussi avoir résolu leurs problèmes d'ego. Toujours est-il que le concept fonctionne à merveille car les participants ont joué le jeu comme il se doit. Les propositions dont ils ont parsemé Thuin retournent la ville, la questionnent en tous sens, tout autant qu'ils sondent son histoire, ses plis et peut-être mêmes ses replis. Trois ans après la première salve significative d'oeuvres, Fluide revient à la charge en 2018. L'affaire n'est pas mince, on conseille une bonne journée pour découvrir les 22 étapes, temporaires ou durables, de cette fascinante balade. On ne reviendra pas sur les artistes de l'édition 2015, de Jérôme Considérant à Christophe Terlinden, en passant par Olivier Kosta-Théfaine. Il reste que le nouveau casting est tout aussi remarquable. Parmi les temps forts, on pointe le travail de Mario Ferretti, qui est intervenu du côté du bois du Grand Bon Dieu. Le sculpteur s'est servi de hêtres promis à l'abattage pour concevoir deux pièces monumentales à prothèses de métal. Mention toute particulière pour celle -sorte de nature assistée ou empêchée, on ne sait pas très bien- qui s'apparente à un fossile rampant. Passionnante également, Carapace, une cabane signée par GRRIZ, duo franco-italien. Cette construction alternative aux contours militaires défie les alentours. On n'attend qu'une seule chose, pouvoir y passer la nuit, ce qui devrait être bientôt possible. Il y a aussi Cathy Coëz qui, au lieu-dit Chant des Oiseaux, a hissé ses céramiques sur deux vasques posées sur des colonnes. Ces compositions dorées rappellent et subliment le passé du lieu, historiquement voué aux "crayats", ces déchets de fer. Enfin, c'est un simple pignon, celui d'une façade, qui émeut. Charlotte Beaudry y a peint l'ombre de choucas prenant leur envol sur fond de ciel plombé. Difficile de ne pas y lire un message de vitalité et d'espoir.