Le point de départ de cette minisérie signée Laetitia Masson (À vendre, Petite fille...) est périlleux, parce qu'en fragile équilibre entre le plausible et le visuellement supportable. Délaissée et maltraitée par une mère célibataire, chômeuse et passant d'homme en homme, Aurore, dix ans, tue accidentellement le petit Pau...

Le point de départ de cette minisérie signée Laetitia Masson (À vendre, Petite fille...) est périlleux, parce qu'en fragile équilibre entre le plausible et le visuellement supportable. Délaissée et maltraitée par une mère célibataire, chômeuse et passant d'homme en homme, Aurore, dix ans, tue accidentellement le petit Paulo, quatre ans, pour une histoire de gâteau qui déraille. Aurore est en réalité affamée. Elle passe le plus clair de son temps à traîner dans sa cité, au bord du marais ou d'une friche industrielle avec son ami Chris. Mais ce jour-là, tout bascule. Une vie de rêves brisés à l'avance sombre dans le cauchemar. Comme celle de Maya, la soeur du petit Paulo. Parvenues à l'âge adulte, l'une sort de prison, quand l'autre ne sort pas encore de son désir de comprendre... et de se venger. La confrontation de ces deux histoires fracassées, peuplées de fantômes, permet à Laetitia Masson de livrer un drame qui remonte aux sources de la violence enfantine: la misère sociale, humaine, relationnelle dans laquelle baignent les parents. À travers l'enfant, sévit un impensé: la violence économique, politique, systémique et endémique. Donnant la parole à tous les protagonistes (police, justice, familles...) avec un égal regard empathique, Aurore, qui réunit un redoutable casting féminin (Élodie Bouchez, Hélène Fillières, Aurore Clément et Lolita Chammah) ouvre la possibilité de rédemption et se raconte dans une poésie visuelle qui ne fait l'économie ni du beau, ni du hideux.