A la découvrir naïve mais vibrante dans sa foi qui l'aveugle, puis rebelle et vengeresse face aux abus dont son fils fut victime, on est impressionné par la performance d'une comédienne peu connue encore du grand public. Astrid Whettnall affiche, dans un rôle ô combien délicat et riche en contradictions, une excellence qui soulève le film de Vincent Lannoo vers une complexité salutaire. Cela fait plusieurs fois qu'elle travaille avec le jeune réalisateur belge. Après Vampires et Little Glory, Au nom du fils (lire page 12) marque leur troisième collaboration, et l'avènement de l'actrice d...

A la découvrir naïve mais vibrante dans sa foi qui l'aveugle, puis rebelle et vengeresse face aux abus dont son fils fut victime, on est impressionné par la performance d'une comédienne peu connue encore du grand public. Astrid Whettnall affiche, dans un rôle ô combien délicat et riche en contradictions, une excellence qui soulève le film de Vincent Lannoo vers une complexité salutaire. Cela fait plusieurs fois qu'elle travaille avec le jeune réalisateur belge. Après Vampires et Little Glory, Au nom du fils (lire page 12) marque leur troisième collaboration, et l'avènement de l'actrice dans un personnage central, enfin, alors qu'elle est active au théâtre, au cinéma et à la télévision depuis une dizaine d'années déjà. "Une des grandes qualités de Vincent, explique Whettnall, c'est le cran qu'il possède pour faire ce que d'autres ne feraient pas. Comme donner à quelqu'un de pas du tout connu ce rôle si complexe, si riche à jouer, un de ces rôles que même les plus fameuses actrices aimeraient avoir la chance de jouer, parce qu'il marque une carrière. C'est un très beau cadeau qu'il m'a fait là..." "Le film est tout sauf bêtement dogmatique!, poursuit la comédienne, et comme toujours avec les films de Vincent, on ressort avec dans la tête beaucoup plus de questions que de réponses. Sa manière trash, rentre-dedans, couillue, son humour déchaîné, ne l'empêchent pas d'être très intelligent et d'ouvrir plein de débats, de le faire sans pathos." Son personnage de mère, Astrid Whettnall l'a vécu intensément, "dans sa colère et sa révolte, mais aussi dans sa foi, qu'elle ne reniera pas, même quand elle s'en prend à des prêtres qui ont commis ou couvert des actes criminels". L'actrice a ses propres révoltes, notamment lorsqu'on évoque cette Journée de la Femme durant laquelle se déroule notre entretien: "C'est dingue qu'on en soit encore là aujourd'hui, à devoir défendre la liberté de la femme, comme si la liberté de l'être humain pris globalement ne pouvait suffire comme cause. A notre époque, la liberté, l'égalité des femmes par rapport aux hommes n'est pas encore chose évidente, c'est terriblement choquant! Et bien sûr, les religions ont à voir là-dedans..." Et de se souvenir, avec émotion, "de personnes que je connais bien et qui, quand elles étaient jeunes, ont subi des attouchements, une d'entre elles ayant osé en parler à ses parents et s'étant vue répondre -c'était il y a une trentaine d'années- par l'un d'entre eux: "Moi aussi j'ai vécu ça quand j'étais petit et je n'en ai pas fait une histoire!" C'est terrible..." Dans ses choix d'artiste, Astrid privilégie "d'abord le metteur en scène ou le réalisateur, que je dois ressentir comme quelqu'un de bien, puis le projet et le personnage, qui doivent avoir quelque chose à m'apprendre". Elle tourne en ce moment Johnny Walker du réalisateur flamand Kris De Meester, "un autre projet assez barge et totalement passionnant. Aucun film belge ne ressemble à un autre!" LOUIS DANVERS