Un vieux professeur de philo expliquait qu'un métier, c'est une prison. Que deux métiers, c'est deux prisons, mais que l'intérêt réside dans le chemin qui relie les deux. Joann Sfar, en multipliant les cachots, s'est un peu perdu sur les chemins. Après le cinéma, après les romans, après le journal de ses ruptures et après la réécriture des aventures de Petit Vampire, le prolixe auteur nou...

Un vieux professeur de philo expliquait qu'un métier, c'est une prison. Que deux métiers, c'est deux prisons, mais que l'intérêt réside dans le chemin qui relie les deux. Joann Sfar, en multipliant les cachots, s'est un peu perdu sur les chemins. Après le cinéma, après les romans, après le journal de ses ruptures et après la réécriture des aventures de Petit Vampire, le prolixe auteur nous revient avec une histoire originale. Le terme est peut-être mal choisi car il nous (re)plonge dans une histoire... de vampires. Aspirine en est une "jeune", coincée dans le corps d'une ado de 17 ans depuis 300 ans. Et ça fait trois siècles qu'elle fait chier sa grande soeur Joacine, en trimbalant son spleen et sa moue "ranafout" dans le Paris contemporain. Entre l'appartement où elle dépèce les nombreux amants de Joacine et la fac de philo où elle manque de buter les professeurs prétentieux, Aspirine erre dans les cimetières ou sur les ponts de la Ville Lumière. Là, elle assassine les malpolis qui l'abordent par un sympathique: " Et sale pute, tu suces?" Bien sûr qu'elle suce, mais pas ce que tu crois, connard. Yidgor, un geek féru de jeux de rôle Cthulhu et Warhammer fréquentant également son cours de philo, désespère d'assister à un événement surnaturel. Il ne sera pas déçu en devenant l'esclave de la teenager. Si ce n'est pas le grand Sfar des débuts, Aspirine n'en est pas moins une assez bonne cuvée, en tout cas plus éloignée des dernières masturbations de l'auteur, Le Chat du rabbin mis à part. Le questionnement du diplômé de philo sur le sens de la vie et de la mort trouve ici un écho particulier dans le chef de l'immortelle. Comme souvent avec Sfar, il n'y a pas d'âge préconisé pour la lecture. Le choix de la maison d'édition Rue de Sèvres (la branche BD de l'École des loisirs) est judicieux: l'histoire commence donc par les questions d'absolu et se termine dans un joyeux bordel.