On ne saura jamais tout à fait pourquoi mais, en 1994, Yukito Kishiro a sombré dans une dépression qui a précipité la fin de sa cathédrale cyberpunk, Gunnm -l'un des grands mangas de SF. Devenu anthropophobe, l'auteur a dû achever la série quasiment seul (il avait auparavant de nombreux assistants), dans l'urgence, avec la souffrance comme nouvelle co...

On ne saura jamais tout à fait pourquoi mais, en 1994, Yukito Kishiro a sombré dans une dépression qui a précipité la fin de sa cathédrale cyberpunk, Gunnm -l'un des grands mangas de SF. Devenu anthropophobe, l'auteur a dû achever la série quasiment seul (il avait auparavant de nombreux assistants), dans l'urgence, avec la souffrance comme nouvelle coautrice. Kishiro a alors souhaité s'accorder une année off. Mais il lui a fallu reprendre les outils plus tôt que prévu, lorsque son ancien éditeur l'a supplié de contribuer à une nouvelle revue aux ventes insuffisantes, comptant sur la renommée du mangaka pour redresser la barre. Voilà l'origine d'Ashman, spin-off de Gunnm née sur les cendres de celle-ci, pour raisons mercantiles. Elle n'a pourtant rien de bankable. Dessinée dans un inattendu graphisme à la Sin City, l'oeuvre, unique dans la carrière de l'auteur, se pose en rupture et ne sert pas la soupe aux fans. Kishiro, à l'aide de ses dernières forces de l'époque, accouche là d'un thriller poisseux où le pilote de Motorball -sport sanglant à la Rollerball- Snev, connu pour ses crashes spectaculaires qui excitent la foule, se bat contre son esprit dérangé. Une rareté so nineties qui, publiée pour la première fois chez nous en 1999, ressort dans un format fidèle à la VO. Autre rareté: des originaux de l'oeuvre ont été montrés au dernier Festival d'Angoulême, dans l'exposition dédiée à Kishiro (un invité phare de cette édition) et à Gunnm en particulier. Où l'on a pu découvrir avec émotion la véritable texture de ces aplats de noir qui, s'ils semblent nets et uniformes dans le livre final, sont nés d'à-coups et gorgés d'aspérités, laissant imaginer le labeur et les tourments de l'artiste.