De SAULT, on ne sait jusqu'ici pas grand-chose. Pas de photos, aucun détail sur ses membres, encore moins d'interview. C'est en analysant les crédits de ses deux premiers albums, 5 et 7, parus l'an dernier que l'enquête peut seulement commencer. À la tête du collectif et de son juteux cocktail soul-retro-funk-afrobeat se trouverait en réalité un trio. Celui-ci serait composé du producteur londonien Inflo, aka Dean Josiah Cover, connu notamment pour sa collaboration avec Michael Kiwanuka (mais aussi la rappeuse Little Simz ou Jungle); la chanteuse Cleopatra Nikolic, alias Cleo Sol (également vue chez Simz); et en...

De SAULT, on ne sait jusqu'ici pas grand-chose. Pas de photos, aucun détail sur ses membres, encore moins d'interview. C'est en analysant les crédits de ses deux premiers albums, 5 et 7, parus l'an dernier que l'enquête peut seulement commencer. À la tête du collectif et de son juteux cocktail soul-retro-funk-afrobeat se trouverait en réalité un trio. Celui-ci serait composé du producteur londonien Inflo, aka Dean Josiah Cover, connu notamment pour sa collaboration avec Michael Kiwanuka (mais aussi la rappeuse Little Simz ou Jungle); la chanteuse Cleopatra Nikolic, alias Cleo Sol (également vue chez Simz); et enfin, l'Américaine Melisa Young, qui avait notamment accroché un petit hit en 2008 avec le morceau Pro Nails sur lequel figurait un certain Kanye West. Voilà pour le casting (présumé). Sans publicité supplémentaire, SAULT sort aujourd'hui Untitled (Black Is). La pochette, toujours aussi simplissime, montre un poing levé. Celui du combat noir pour l'égalité et la justice, auquel la mort de George Floyd en mai dernier, sous le genou d'un policier blanc, a redonné une nouvelle urgence. Cette lutte, SAULT en fait le coeur d'un nouvel album brillant. Le jour où le DJ Gilles Peterson a reçu le disque, il n'a d'ailleurs pas pu s'empêcher de le diffuser en entier dans son show sur BBC 6. On le comprend: Untitled (Black Is) est aussi enflammé sur le fond que passionnant dans sa forme. Dans son sublime écrin soul-jazz-funk, l'album ne tergiverse pas. Il est d'abord une dénonciation des brutalités policières et du racisme systémique aux États-Unis (et ailleurs). " Take off your badge/We all know it was murder", raconte Wildfires, ballade soul lugubre. Juste avant, sur le morceau Stop Dem, une chorale révolutionnaire insiste: " Even though we know that you fear us/That ain't no reason to kill us"; tandis que Don't Shoot Guns Down fait écho au jazz politique seventies. Ce n'est d'ailleurs pas la seule référence à l'époque cruciale des années 60-70. Sur X, SAULT glisse un hommage à Malcolm X, reprenant une de ses citations polémiques: " Do not be surprised, the chickens have come home to roost", une autre manière de dire que celui qui sème le vent finira toujours par récolter le chaos. Mais Untitled (Black Is) est d'abord et avant tout une célébration de la fierté noire. De la résilience d'une communauté, comme de sa diversité. Dans Bow, Michael Kiwanuka sonne l'appel des pays africains -" My people?in Congo/I wanna free Sudan/Dance with Nigeria/From Egypt to Libya" . Sorte de jam acid-afro-beat, il est prolongé par un poème de la travailleuse sociale Laurette Josiah, confiante dans l'avenir -" This generation cares" .On le sait, le mystère est souvent une bonne astuce pour faire parler de soi et exciter la curiosité. Dans le cas de SAULT, l'effacement semble cependant tenir moins du gimmick marketing que d'une réelle volonté de ne pas brouiller le propos. Après tout, pourquoi avoir besoin de plus d'infos quand le message est à ce point clair et précis. Un véritable uppercut.