Modèle d'édition digitale réussie, le Blu-ray de The Apartment ( La Garçonnière en VF) est un événement. Parce que la restauration et le transfert sont d'une précision idéale, laissant admirer la combinaison sublime des décors d'Alexandre Trauner et de la photographie de Joseph LaShelle. Parce qu'aussi et surtout la modernité du propos et du style du film de Billy Wilder n'a jamais paru si éclatante, 58 ans après la sortie du film. Parce qu'enfin de passionnants suppléments (2 heures!) viennent éclairer tout ce qui pouvait l'être à propos de l'oeuvre et de ses principaux créateu...

Modèle d'édition digitale réussie, le Blu-ray de The Apartment ( La Garçonnière en VF) est un événement. Parce que la restauration et le transfert sont d'une précision idéale, laissant admirer la combinaison sublime des décors d'Alexandre Trauner et de la photographie de Joseph LaShelle. Parce qu'aussi et surtout la modernité du propos et du style du film de Billy Wilder n'a jamais paru si éclatante, 58 ans après la sortie du film. Parce qu'enfin de passionnants suppléments (2 heures!) viennent éclairer tout ce qui pouvait l'être à propos de l'oeuvre et de ses principaux créateurs. L'appartement du titre est occupé par C.C. Baxter, modeste employé d'une compagnie d'assurances à New York. Mais notre homme en prête très régulièrement la clé à ses supérieurs hiérarchiques pour qu'ils puissent y inviter leurs maîtresses au plus loin des regards de leurs épouses légitimes. Un arrangement qui mine le sommeil et la santé de Baxter, forcé d'attendre dehors que les lieux soient libres. Mais qui lui ouvre aussi, par échange de bons procédés, d'alléchantes perspectives d'avancement. Sauf qu'un jour, ou plutôt un soir, son boss principal fait venir chez lui une petite amie qui n'est autre que Fran, la jeune liftière pour laquelle Baxter nourrit de doux sentiments... Jack Lemmon campe à merveille Baxter. Il vient de tourner Some Like It Hot pour Billy Wilder et les deux hommes feront sept films ensemble au total. Le comédien, alors âgé de 35 ans, rend toutes les nuances d'un personnage prisonnier d'un désir d'ascension qui oblitère sa vie personnelle. Dans le rôle de Fran, Shirley MacLaine incarne, avec une admirable économie d'effets et jusqu'à une réplique finale inoubliable, la lucidité féminine que Wilder ne manquera jamais d'exalter, lui qu'on accusa bien à tort de misogynie. Le réalisateur venu d'Europe centrale fait de The Apartment une satire sociale acerbe et mordante. Avec son coscénariste I.A.L. Diamond, il évoque sans fard la perte d'humanité qui menace dans le cadre d'une grande entreprise où la vie privée l'est de moins en moins (déjà...), et où le personnel féminin est vu par la hiérarchie mâle comme un cheptel où l'on peut puiser sans vergogne. Comment vivre la solitude urbaine, l'exploitation du faible par le fort? Comment rester, face au cynisme ambiant, un "mensch", un être humain, tel que le définit sobrement le docteur Dreyfuss, voisin de palier de Baxter? The Apartment pose des questions toujours très actuelles, avec un humour dévastateur et des moments de tendresse palpable, comme des oasis de mélancolie dans un constat globalement glaçant. Une bonne partie de la critique rejeta le film, jugé trop amer, "vulgaire" et contraire à la morale dominante. Mais le public l'aima. Et il reçut cinq Oscars, dont ceux du meilleur film et du meilleur réalisateur...