Alors que le charismatique trentenaire Kamasi Washington s'apprête à sortir un album ( Heaven and Earth) particulièrement attendu par toute la planète jazz et au-delà, c'est un autre saxophoniste, de 67 ans celui-là, qui balance un énorme disque du genre pour fêter le printemps et éveiller les consciences. "Une sonnette d'alarme, dit-il, nourrie au folklore, à la fantaisie et au théâtre." Idris Ackamoor a de tout temps mélangé le discours social et politique à l'amusement et au spectacle.
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Alors que le charismatique trentenaire Kamasi Washington s'apprête à sortir un album ( Heaven and Earth) particulièrement attendu par toute la planète jazz et au-delà, c'est un autre saxophoniste, de 67 ans celui-là, qui balance un énorme disque du genre pour fêter le printemps et éveiller les consciences. "Une sonnette d'alarme, dit-il, nourrie au folklore, à la fantaisie et au théâtre." Idris Ackamoor a de tout temps mélangé le discours social et politique à l'amusement et au spectacle. Disciple de Pharoah Sanders, de Sun Ra, d'Eric Dolphy et de Fela Kuti, élève de Cecil Taylor parti à 20 ans étudier les musiques africaines au Ghana, au Kenya et en Éthiopie, Ackamoor célébrait dès le milieu des années 70 et dans un esprit déjà Do It Yourself la fusion afro-jazz. En trois disques seulement, les Pyramids devenaient les rebelles intergalactiques du jazz west coast. Après leur séparation au Berkeley Jazz Festival, l'ardent défenseur de la cause noire créerait même la compagnie artistique Cultural Odyssey mêlant allègrement la musique, le théâtre et la danse. Requinqué par la cote en hausse de ses albums sur eBay, dont les maisons de disques n'avaient bien évidemment pas perdu une miette, et les rééditions qui s'ensuivirent, Ackamoor finit en 2010 par relancer ses Pyramids. An Angel Fell, leur troisième album depuis lors, repose sur un band complètement remanié. De l'équipe avec laquelle il avait enregistré We Be All Africans (2016), Idris n'a conservé qu'un seul musicien. La violoniste Sandra Poindexter. Le résultat est d'autant plus bluffant. An Angel Fell a encore une fois tout pour lui. Le groove, la dimension mystique, l'ouverture d'esprit, les couleurs de l'Afrique et l'ambiance cosmique. Enregistré à Londres avec Malcolm Catto, le leader et batteur des Heliocentrics (fan de Sun Ra et d'ethio-jazz), An Angel Fell explore des thèmes universels tels que le changement climatique, la négligence de l'homme, la dimension salvatrice de la musique et la nécessité des actions collectives. Il s'arrête aussi sur les violences faites à la communauté afro-américaine comme le laisse entrevoir l'instrumental Soliloquy For Michael Brown. Du nom de ce jeune Black de 18 ans abattu par un policier blanc à Ferguson, dans le Missouri, en 2014. À la fois céleste et terre à terre, méditatif et dansant, An Angel Fell a en lui le son de l'afrobeat ( Tinoge), s'aventure au pays du dub et du reggae ( Land of Ra), de la soul et du funk ( Warrior Dance). L'heure passe tellement vite qu'on n'a qu'une seule envie. La revivre de suite. Les ailes du désir sans doute...