Une fois planté le décor du grand carrousel de la Cordillère (vierge, flacon chamanique, squelette de plastique dansent au-dessus du tableau de bord), déroulé l'immense tapis velouté vert sombre, tombées les averses d'adjectifs, les lecteurs de François Emmanuel pourraient s'impatie...

Une fois planté le décor du grand carrousel de la Cordillère (vierge, flacon chamanique, squelette de plastique dansent au-dessus du tableau de bord), déroulé l'immense tapis velouté vert sombre, tombées les averses d'adjectifs, les lecteurs de François Emmanuel pourraient s'impatienter... Qu'ils se rassurent: tandis que le crépuscule rougeoie de l'autre côté des cimes, Ana, doctorante sans expérience, gringa en fine étole de soie, s'éprend de Jairo, grand cavalier sombre au corps torsadé, qui fait chanter les caresses, l'entraîne "dans des draps torrentueux (...) dans la pénombre de l'étreinte". Accrochez-vous au pinceau, chers lecteurs, on enlève l'échelle: "(...) se peut-il que ce soit cela l'amour dont parlent les livres, se peut-il que l'amour l'ait enfin gagnée, cette folle floraison des sens dont elle s'était crue pour toujours interdite, (...) que le calice de ce dangereux bonheur lui soit enfin tendu." Trêve de suspense, on peut plier les gaules car nous voilà rendus: le Belge François Emmanuel (La Question humaine, La Passion Savinsen...) joue de la flûte andine et entraîne vers les tourbillons de "l'éclosion divine" où, comme Ana, prise de vertiges, on écoute Philip Glass en sirotant une eau chaude. Bref, pour "celui qui viendra te prendra par là où tu t'ignores" (sic), toute la poésie subtile attendue mais c'est pas le Pérou.