Quand on voit ces hippies comme on les appelle, peut-être que sur le plan moral ce n'est pas un bon exemple pour les jeunes d'Amougies. C'est mon opinion. Quand on les voit se promener en débraillé, un peu oisifs même pendant la journée... Je ne sais pas ce que les jeunes de ce petit village doivent penser de ça. Ils se sont mis dans l'herbe autour de l'église. Ils logeaient ainsi allongés avec un plastique ou une couverture. Ce n'était pas beau à voir. Je ne connais pas leur idéal et leur but. Je ne sais pas ce qu'ils veulent. Une vie de pauvre? Pauvreté n'est pas toujours synonyme de négligence."
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Quand on voit ces hippies comme on les appelle, peut-être que sur le plan moral ce n'est pas un bon exemple pour les jeunes d'Amougies. C'est mon opinion. Quand on les voit se promener en débraillé, un peu oisifs même pendant la journée... Je ne sais pas ce que les jeunes de ce petit village doivent penser de ça. Ils se sont mis dans l'herbe autour de l'église. Ils logeaient ainsi allongés avec un plastique ou une couverture. Ce n'était pas beau à voir. Je ne connais pas leur idéal et leur but. Je ne sais pas ce qu'ils veulent. Une vie de pauvre? Pauvreté n'est pas toujours synonyme de négligence." Dans un documentaire diffusé par la RTB le 17 novembre 1969, le curé d'Amougies s'exprime sur le célèbre festival et la tribu de chevelus qui viennent d'ébranler son petit patelin du Tournaisis. Après Monterey, l'île de Wight et 2 mois seulement dans la foulée de Woodstock, les hippies s'attaquent à la Belgique, et plus précisément au Hainaut, la fleur derrière l'oreille. Labélisé First Continental Festival, programmé à Paris avant que le ministre de l'intérieur s'en mêle, Amougies est le premier grand festival de pop et de free jazz français... Grâce à l'intervention d'agriculteurs qui ont mis à la disposition des organisateurs prairies et champs, Pink Floyd, Captain Beefheart, Ten Years After et les Pretty Things mais aussi Archie Shepp et Don Cherry se partagent l'affiche de cet improbable rassemblement dont Zappa est le maître de cérémonie. Amougies, c'est un chapiteau de 6000 mètres carrés pouvant accueillir 12 000 personnes. Des dizaines de groupes et 5 nuits de musique. " Je ne me rappelle pas avoir acheté un ticket. On soulevait la toile et on se roulait à l'intérieur, se souvient Arlette Cornet à l'époque jeune prof de dessin dans la petite école locale. Les concerts n'arrêtaient jamais. On a dormi devant la scène. Les pétards, la liberté sexuelle, la musique planante... On était en plein dans l'atmosphère hippie. Le "faites l'amour pas la guerre"." Si les élèves d'Arlette dessinent autant de flics que de chevelus (des vrais puis ceux qui tombent le costard au fond d'un café) après une petite promenade sur les lieux, la police s'attelle surtout à la circulation. " Cette explosion de liberté succédait à mai 68 qui venait d'ouvrir les digues mais les gens du coin se demandaient ce qui leur arrivait. Ce que foutaient tous ces gosses. " A fortiori quand en allant se coucher, ils en trouvaient un dans leur lit. " Eux, souvent fermiers, se levaient à l'aube et travaillaient dur, ils n'étaient pas du même monde. Amougies a quelque part ouvert les mentalités. Tant que faire se pouvait. " Arlette, à l'époque, était surtout une hippie dans son rapport à la nature. Elle vivait à la campagne. Sans évier ni évacuation d'eau. Elevait des poules, des lapins. Et avec son mi-temps d'enseignante faisait vivre un poète et un chanteur écolo. " J'avais ça en moi. Ce n'était pas une mode. Mais ce fut une chance inouïe de vivre un événement pareil. Il m'a permis de découvrir cette musique planante que je ne connaissais pas. Tous ceux qui ont fait un saut à Amougies ce fameux week-end ont, je pense, été marqués à vie." J.B.