RÉALISATRICE DE A UNITED KINGDOM.

A United Kingdom s'inspire du livre de Susan Williams, Colour Bar (littéralement, La Barrière de couleur, NDLR), soit une expression désignant la discrimination raciale qui avait cours dans les anciennes colonies britanniques en Afrique, et qui a précédé la politique de l'apartheid en Afrique du Sud...

Oui, il s'agit d'un livre essentiel, mais d'une densité et d'une complexité assez peu communes. Le challenge était de condenser son contenu, édifiant, dans un long métrage de moins de deux heures qui trouverait le bon équilibre entre la dimension romantique et le socle politique du récit. Ma stratégie narrative a été la suivante: il fallait que tous les enjeux politiques soulevés dans le film le soient à travers le prisme du couple mixte formé par Seretse et Ruth. Comment ont-ils été affectés par les décisions gouvernementales? Quel impact l'affirmation de leur union a-t-elle eu sur l'exercice du pouvoir?

Vous êtes anglaise de parents ghanéens. Pensez-vous que le film aurait été différent s'il avait été réalisé par un homme blanc?

Il est essentiel d'adopter un point de vue quand vous réalisez un long métrage, et la personne que vous êtes, ce qui vous constitue en tant qu'être humain, contribue largement à le déterminer, que cela soit conscient ou non. Je suis donc intimement persuadée que le film aurait été profondément différent s'il avait été réalisé par un homme blanc. Le thème de la solidarité entre les femmes qui traverse le film m'était particulièrement cher, tout comme la volonté de faire entendre au mieux la voix des Africains. Mais je trouve très important que des hommes, noirs ou blancs, puissent également s'emparer de ce type d'histoire, et en proposent des visions complémentaires. C'est toute la richesse de l'idée même de diversité.

L'Afrique prend une dimension parfois très "carte postale" devant votre caméra...

J'ai grandi près de Londres, entourée de briques et de béton. Et quand l'été on partait en vacances au Ghana avec ma mère, j'étais littéralement soufflée par les couchers de soleil auxquels j'assistais là-bas. L'Afrique est magnifique, pourquoi ne pourrais-je pas montrer toute l'étendue de sa beauté?

N.C.