" Nous essayons toujours, dans n'importe quel film Pixar, de nous dire: tâchons d'être amusants et accessibles à tous à un premier niveau, ce qui nous donnera l'occasion d'introduire quelque chose de plus profond, un peu comme un cheval de Troie" , nous confiait en septembre dernier Pete Docter, le réalisateur de Soul, auteur précédemment du formidable Inside Out. C'est peu dire que le film, le 24e long métrage des studios d'Emeryville, en est un exemple éloquent, qui réussit à combiner brillamment aventure haute en couleur et questions philosophiques, à l'audace narrative rép...

" Nous essayons toujours, dans n'importe quel film Pixar, de nous dire: tâchons d'être amusants et accessibles à tous à un premier niveau, ce qui nous donnera l'occasion d'introduire quelque chose de plus profond, un peu comme un cheval de Troie" , nous confiait en septembre dernier Pete Docter, le réalisateur de Soul, auteur précédemment du formidable Inside Out. C'est peu dire que le film, le 24e long métrage des studios d'Emeryville, en est un exemple éloquent, qui réussit à combiner brillamment aventure haute en couleur et questions philosophiques, à l'audace narrative répondant une inventivité graphique de chaque plan, sans que l'émotion n'y soit jamais sacrifiée. Soul raconte l'histoire de Joe Gardner, un pianiste de jazz new-yorkais enseignant la musique à des lycéens pour la plupart indifférents tout en caressant timidement l'espoir, toujours un peu plus illusoire, de devenir musicien professionnel. Le jour où la chance de sa vie se présente enfin sous la forme d'une audition pour le Dorothea Williams Quartet, le gaillard est victime d'un accident malencontreux qui l'expédie dans l'au-delà. Ou presque, puisque, ne voulant se résoudre à mourir, il émerge dans le "Grand Avant", un espace éthéré où les âmes nouvelles façonnent leur personnalité et tentent, avec l'appui de mentors, de découvrir leur passion avant de tenter le grand saut sur Terre. Et Joe, convaincu d'avoir trouvé là le moyen le plus rapide de regagner la planète bleue, de se voir associé à 22, une forte tête n'ayant que faire des attraits supposés de l'existence... Pandémie oblige, Soul a été privé de sortie en salles, n'étant longtemps accessible qu'aux abonnés de la plateforme de streaming Disney+. Autant dire que sa sortie en formats vidéo constitue un événement. Si l'on peut comme Kemp Powers, son coréalisateur, dans les bonus généreux de l'édition Blu-ray en deux disques, en ramener la trame à un buddy-movie insolite où " une âme qui ne veut pas mourir rencontre une âme qui ne veut pas vivre" , le film est bien plus encore. Inscrites entre les limbes et New York, les aventures de Joe et 22 ne se contentent pas de se révéler pleines de surprises, elles abordent également un champ fécond où il est question aussi bien de ce qui forge notre personnalité que du sens de la vie, pas moins. Ambition philosophique que Soul embrasse avec une richesse et une fantaisie visuelles exceptionnelles, mais encore un humour omniprésent, tout en étant animé par un évident souci d'authenticité -" Je veux reconnaître son expérience d'homme noir dans la ville de New York", souligne encore Kemp Powers au sujet de Joe, le premier héros afro-américain d'un film Pixar. Soit l'alchimie dont sont faites les réussites majeures. Oscar du meilleur fim d'animation, Soul est un must absolu.