Sorti sur Flightless, le label de King Gizzard and The Lizard Wizard, juste avant que cette saloperie de virus mette le monde sens dessus dessous, le premier album de Grace Cummings est l'un de ces disques un peu foutus en l'air par la pandémie. " Je n'ai jamais vraiment tourné pour le défendre, raconte-t-elle de bon matin. J'ai juste joué un peu en Australie.Je ne voulais pas trop m'y accrocher. Je m'ennuie très vite. Donc, j'ai continué à avancer."
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Sorti sur Flightless, le label de King Gizzard and The Lizard Wizard, juste avant que cette saloperie de virus mette le monde sens dessus dessous, le premier album de Grace Cummings est l'un de ces disques un peu foutus en l'air par la pandémie. " Je n'ai jamais vraiment tourné pour le défendre, raconte-t-elle de bon matin. J'ai juste joué un peu en Australie.Je ne voulais pas trop m'y accrocher. Je m'ennuie très vite. Donc, j'ai continué à avancer." Grace Cummings est à la fois chanteuse et comédienne. Elle a étudié dans une école d'art dramatique. " J'ai toujours passé beaucoup de temps sur scène. Je mène en parallèle cette double vie. L'an dernier, j'ai consacré la moitié de mon temps au théâtre et l'autre moitié à la musique. Je ne sais pas comment ça évoluera. J'espère avoir le luxe de devoir choisir." Pendant qu'elle planchait sur Storm Queen, enregistré à cheval sur 2020 et 2021, Cummings jouait dans une pièce intitulée Berlin, de Joanna Murray-Smith. " Elle raconte la rencontre d'un juif australien et d'une Allemande. Ils tombent amoureux, terminent la nuit chez elle. Et on se rend compte qu'il est là pour une bonne raison. Il veut récupérer une peinture qui a été confisquée à son grand-père par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale." Mais les personnages joués par Grace sur les planches ne se glissent pas dans ses disques. " Je ne vois pas vraiment de trait d'union entre ma carrière de comédienne et mon parcours dans la musique. C'est une bonne chose, je crois." Étant donné les circonstances, lancer la fabrication de son album fut une expérience étrange. " Avec la pandémie, j'ai dû commencer par revoir mes plans. À cause des restrictions, des mesures de distanciation, du nombre de personnes que je pouvais avoir dans une même pièce en même temps. À la base, je voulais un vrai son de groupe mais ce n'était pas possible. On n'avait même pas l'occasion de répéter. Je suis très heureuse du résultat et de la voie qu'on a empruntée." Cummings a cherché la simplicité. " Je voulais quelque chose de minimaliste. Donner l'impression de m'adresser directement aux gens. Il y a de manière générale du caractère et de l'émotion dans les voix. J'aime les entendre trébucher. Celle de David Bowie qui se casse sur Heroes est l'une des plus belles choses au monde." Née à Melbourne en 1992, Grace Cummings a grandi en dehors de la ville. Pas trop près mais pas trop loin non plus. " La nature sur laquelle j'écris était autour de moi durant toute mon enfance. Les arbres, les oiseaux... Mes parents écoutaient beaucoup de musique à la maison, du Bob Dylan, du Neil Young. Un tas de trucs irlandais aussi faisant écho aux origines de mon père. Il aime beaucoup les histoires et les mots. Ça me parlait tellement que je me suis mise à écrire." Adolescente, elle commence à jouer de la batterie dans un groupe et reprend surtout AC/DC et les White Stripes. " J'ai attendu longtemps avant de chanter mes propres chansons. Tu dois probablement écrire une centaine de mauvais textes avant d'en avoir un bon (rires ). Je manquais de confiance sans doute." Encouragée par l'alcool et son amie musicienne Leah Senior, elle commence à jouer ses morceaux dans des soirées entre amis et dans les bars de la ville. " Tu joues souvent dans les mêmes endroits et tu finis par faire partie du décor. C'est génial parce que ça t'inscrit dans une communauté. J'en ai une très chouette autour de moi. Les King Gizzard, Amyl and The Sniffers... Mais je suis également proche de musiciens country et folk. Ma joueuse de fiddle Kat Mear est incroyable. On s'est rencontrées à une convention de banjos." Grace Cummings est moins sombre que sa musique. Elle a le sens de l'humour, du tempérament et de l'audace. " J'ai invité Eric (Moore, membre de King Gizzard , NDLR ) à un de mes concerts, se souvient-elle pour expliquer sa signature sur Flightless. Il est venu et il m'a demandé si j'avais un album. Je lui ai dit que oui mais ce n'était pas le cas. J'ai rassemblé quelques chansons et je les lui ai fait écouter." The rest is history, comme on dit. Grace a un faible pour la poésie. " Pour l'instant, je fais une fixette sur Donald Barthelme, un auteur américain qui écrit surtout des nouvelles. J'adore son style. C'est vraiment unique, imagé, bizarre, poétique, lourd. C'est court. C'est simple. Mais tout est là. C'est inspirant quand tu écris des chansons." Elle évoque son réalisateur préféré: Jim Jarmusch. " J'aime la simplicité de ses films. La simplicité calme des grandes choses de la vie. Je trouve ça incroyablement beau." Et compte Bob Dylan (" je ne pense pas que ça te surprenne") et Jack White parmi ses héros. " Jack White a exercé une énorme influence sur moi. Il était cool et il jouait quelque part le rôle du professeur, enseignant le delta blues, le vieux folk et les classiques du rock aux jeunes ignorants. C'est un passeur." À l'écoute de Storm Queen, on entend le grand Bob mais aussi du Chrissie Hynde, du Patti Smith, du RVG... " J'aime Patti Smith, surtout ses écrits. Je n'ai pas beaucoup écouté ses disques. Et c'est marrant, les RVG vivent dans la même rue que moi. Je pense être un mélange de beaucoup de monde. Sans toujours t'en rendre compte tu reproduis des schémas, tu t'accapares des choses que tu as entendues. C'est comme choper un accent ou les petites manies de quelqu'un que tu côtoies." Le titre Storm Queen ne fait référence à rien de particulier. " J'y vois une grande force,peut-être divine.Je ne sais pas. Ce titre fait écho à beaucoup de choses que je raconte. Il n'y a pas vraiment de trame à cet album. Il n'y en avait pas quand je l'ai écrit même si j'entends certains thèmes quand je l'écoute. J'imagine qu'ils étaient là, dans un coin de ma tête. Ça parle beaucoup de rêve, d'enfance. Regretter de ne plus être un gosse. Avoir envie de le redevenir. Rêver de temps plus simples et d'une certaine innocence."