20 h 30. Yeasayer s'apprête tout doucement à monter sur la scène de l'Ancienne Belgique. Homer retire ses pompes. Va se chercher une chope. S'allume une clope. Ce soir, Homer n'est pas à l'AB. Il a traîné et n'a finalement pas réussi à se trouver un ticket pour le gig des New-Yorkais. Qu'à cela ne tienne. Il peut se consoler devant son ordinateur. Et comme il est bien équipé, devant sa télé aussi. Depuis 4 ans maintenant, la salle bruxelloise, toujours à la pointe du progrès, que ce soit en matière d'écologie (les gobelets réutilisables, le covoiturage) ou de communication (www.abconcerts.be est un vrai site interactif), propose sur Internet des concerts en direct. En direct et surtout gratuits...
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20 h 30. Yeasayer s'apprête tout doucement à monter sur la scène de l'Ancienne Belgique. Homer retire ses pompes. Va se chercher une chope. S'allume une clope. Ce soir, Homer n'est pas à l'AB. Il a traîné et n'a finalement pas réussi à se trouver un ticket pour le gig des New-Yorkais. Qu'à cela ne tienne. Il peut se consoler devant son ordinateur. Et comme il est bien équipé, devant sa télé aussi. Depuis 4 ans maintenant, la salle bruxelloise, toujours à la pointe du progrès, que ce soit en matière d'écologie (les gobelets réutilisables, le covoiturage) ou de communication (www.abconcerts.be est un vrai site interactif), propose sur Internet des concerts en direct. En direct et surtout gratuits... " L'idée, c'est d'agrandir l'AB, résume Peter Deckers, qui dirige les caméras et gère les contrats. Notre jauge est modulable mais pas extensible à l'envi. Dans le meilleur des cas, nous sommes limités physiquement à 2000 spectateurs. Alors maintenant, quand la salle est complète, nous essayons de convaincre les groupes de diffuser leur concert en live streaming." L'initiative rencontre son petit succès... Etrennée en mars 2006, elle a d'abord été conçue comme une plateforme internationale pour les artistes belges. Mais depuis 2 ans maintenant, elle se conjugue aussi avec la visite à Bruxelles de groupes étrangers: 3500 internautes étaient devant leur écran pour le gig des Mumford and Sons; 3300 surfeurs ont regardé la prestation de The xx; et 2000 curieux ont jeté un coup d'£il au set de Bloc Party. " Au début, il nous était impossible d'avoir l'aval de grands groupes. De convaincre managers et majors. Tout simplement parce qu'ils avaient peur d'Internet. Peur du manque à gagner qu'une telle diffusion pourrait représenter. C'est oublier que rien ne remplacera jamais The Real Thing. Qu'une image et le meilleur home cinéma du monde ne peuvent se substituer à la présence physique et à l'atmosphère d'un concert... Personnellement, je pense que plus on montre de live et plus on donne envie aux spectateurs de venir dans les salles." En tout cas, l'Ancienne Belgique fait tout sauf se vider. La réflexion confirme d'ailleurs l'incroyable nombre de sold out affichés l'an dernier. " De toute façon, il faut bien se dire qu'on ne peut pas combattre Internet. Si les gens ne viennent pas voir le concert sur le site de l'AB, ils iront mater sur YouTube des vidéos avec un son et une image dégueulasses filmées par les spectateurs à l'aide de leur GSM. " YouTube. Le mot est lâché. Si Rock Werchter proposait déjà des retransmissions en direct sur Skynet en 2003, la consécration du site de partage en ligne a profondément changé la philosophie des maisons de disques dont l'Ancienne Belgique a le sentiment, quelque part, d'être devenue un partenaire. La mutation de l'industrie a, elle aussi, joué un rôle prépondérant dans l'avènement du concert en direct... " Avant, les artistes tournaient pour faire la promotion d'un disque. Maintenant qu'il ne se vend plus ou presque, ils sortent un disque pour avoir un support avec lequel tourner. Et dans cet ordre d'idée, le live streaming de qualité s'apparente à une excellente publicité." " Nous sommes d'accord sur le principe mais la décision revient au management des artistes, soulève Pieter Vermeiren du label V2. Certains refusent. Par exemple quand ils comptent sortir un DVD. Mais les trois quarts sont plutôt enthousiastes. Pour moi, il s'agit d'un produit d'appel. Il profite aux salles, aux groupes et aux maisons de disques." Sauf peut-être quand on parle d'artistes catapultés un peu trop vite en haut de l'affiche par la machine major et son marketing agressif. La Roux par exemple incite davantage les commentaires genre " j'ai bien fait de revendre ma place" que " waw, super, je viendrai la prochaine fois." L'Ancienne Belgique traîne derrière elle une solide réputation en matière de live. Iggy Pop et les Hives ne sont que quelques-uns des artistes à avoir fait un DVD de leur concert à l'AB. Ils avaient cependant tous 2 pris en charge eux-mêmes le tournage. " Notre dispositif est destiné à Internet. Nous avons investi 150 000 euros pour le mettre en place. Nous possédons 8 caméras dans la grande salle et 4 dans le Club. Mais nous ne travaillons pas en haute définition. Nous y passerons sans doute tôt ou tard. Mais une caméra HD vaut entre 20 000 et 30 000 euros. Faites les comptes..." L'argent. Le nerf de la guerre. Rendons cependant à César ce qui appartient à César. Même s'il est dés£uvré. Avant l'AB, il y avait Fabchannel. Le premier, et ils ne sont toujours pas des tonnes en Europe, à diffuser des concerts en direct. Des caméras HD, une équipe d'une quinzaine de personnes parmi lesquelles 4 ou 5 temps plein... Le projet était ambitieux. Malgré sa qualité, ses live accessibles chanson par chanson, le site, pas économiquement viable, a fermé ses portes l'an dernier. " Ils ont bien essayé de financer leurs activités avec de la publicité. De courts spots diffusés tous les 2 morceaux. Mais ça n'a pas marché, précise David Zegers, directeur de la communication et du développement à l'Ancienne Belgique. Il s'agissait d'un modèle auquel les annonceurs n'étaient pas habitués. La vente, onéreuse, des enregistrements aux artistes n'a pas rencontré plus de succès. Ils sont, je pense, arrivés trop tôt. " Le fait de ne pas être l'initiative d'une salle, même si Fabchannel travaillait avec le Paradiso et le Melkweg à Amsterdam, a fait le reste. L'Ancienne Belgique, qui fonctionne avec une mini structure, débloque un budget de 100 000 euros par an pour le live streaming. Elle a aussi trouvé un moyen, malin, de financer Sabam, bande passante, coûts de personnel et frais divers... Désolidariser certaines des retransmissions du site de l'AB. Exemples: 5395 fans ont pu voir Moby sur le site Web du Standaard, tandis que 13 703 visiteurs se sont connectés sur le réseau social Netlog.com pour regarder Pendulum. Plus de 250 concerts sont aujourd'hui entrés dans les archives et disponibles en streaming sur www.abconcerts.be... l Texte Julien Broquet