Si Mike Leigh aime s'entourer d'acteurs avec qui il a déjà travaillé, sa filmographie étant ainsi peuplée de visages familiers (ceux de Jim Broadbent, Ruth Sheen, Imelda Staunton ou Sally Hawkins, notamment), le record en la matière revient à Lesley Manville: Another Year consacre en effet leur sixième collaboration pour le cinéma, à quoi il faut ajouter Grown-Ups, tourné pour la BBC dès 1980, et des pièces, radiophonique et sur les planches. De quoi poser la comédienne en témoin privilégié de la méthode Leigh -un rôle dont elle s'acquitte avec le même bonheur que celui d...

Si Mike Leigh aime s'entourer d'acteurs avec qui il a déjà travaillé, sa filmographie étant ainsi peuplée de visages familiers (ceux de Jim Broadbent, Ruth Sheen, Imelda Staunton ou Sally Hawkins, notamment), le record en la matière revient à Lesley Manville: Another Year consacre en effet leur sixième collaboration pour le cinéma, à quoi il faut ajouter Grown-Ups, tourné pour la BBC dès 1980, et des pièces, radiophonique et sur les planches. De quoi poser la comédienne en témoin privilégié de la méthode Leigh -un rôle dont elle s'acquitte avec le même bonheur que celui de Mary à l'écran, l'amie dont l'ivresse envahissante ne peut masquer combien elle est démunie devant la vie. "On ne peut pas dire que la façon de procéder de Mike Leigh ait tellement changé au fil des ans, commence-t-elle . La différence la plus significative réside sans doute dans le temps dont nous disposons désormais: pour Grown-Ups , le premier film que j'ai tourné avec lui, nous avons dû faire avec quelque chose comme 6 semaines de répétitions et 4 de tournage, alors qu'aujourd'hui, nous bénéficions respectivement de 18 et 11 semaines..." Le processus de "fabrication" est, pour sa part, resté immuable: "On part de rien, et ce n'est pas qu'une figure de style. S'il a des idées ou des thèmes, Mike arrive sans scénario, et pas même avec un personnage. Nous le créons entre nous, et il en fait de même simultanément avec les autres acteurs. Cela ne dure pas quelques jours, mais bien des mois, pendant lesquels nous partons de zéro pour remplir leur vie de lieux, de gens, etc. Au bout d'un moment, il se met à imaginer comment rapprocher certains personnages. Nous commençons alors à travailler avec les acteurs concernés au développement de leurs relations, à quoi succéderont les improvisations et, enfin, le film dans une forme brute. Suit une nouvelle phase d'impro, après quoi, au moment de filmer, on s'en tient au texte adopté -le processus se rapproche alors de celui d'un film normal."Entre-temps, l'acteur est passé par une gamme d'émotions diverses. "Au début, on se demande comment un film va bien pouvoir sortir de tout cela", s'amuse Lesley Manville, pour ajouter aussitôt que la méthode Leigh est surtout stimulante. "Si on accomplit le travail, et qu'on crée le personnage de A à Z, on peut ensuite le placer dans n'importe quelle situation en sachant comment il va se comporter." Ainsi, par exemple, de l'ivresse de Mary qu'elle incarne avec d'autant plus de justesse que sans effort apparent - "quand on est dans le personnage, on sait que ce que l'on fait est organique, et digne de confiance", observe-t-elle. Et si, au final, le processus est exigeant, épuisant même - "il m'est arrivé, sur un film de Mike Leigh, de travailler 22 ou 23 jours consécutifs, et ce sont de longues journées, où l'on se lève à 4 h 30 pour ne terminer qu'à 22h"-, le résultat est assurément à la mesure des sacrifices consentis: "C'est un travail beaucoup plus excitant que la moyenne. Voilà une trentaine d'années que nous travaillons ensemble, et j'ai l'impression que Mike est plus que jamais au sommet de sa créativité..." RENCONTRE JEAN-FRANÇOIS PLUIJGERS, À LONDRES