Comment le cinéma aurait-il pu ignorer l'appel d'un imaginaire aussi singulier et puissant que celui d'Alice au pays des merveilles? Le nouvel art n'avait pas dix ans lorsqu'un premier court métrage s'inspira directement du livre de Lewis Carroll. Cet Alice in Wonderland de 1903 (signé Cecil Hepworth) ne durait que huit minutes, mais contenait des effets spéciaux très aventureux pour l'époque. D'emblée s'imposait une évidence: l'intensité visionnaire du roman poussait toute tentative d'adaptation vers le haut, comme une exigence de qualité pour relayer en lui rendant justice l'...

Comment le cinéma aurait-il pu ignorer l'appel d'un imaginaire aussi singulier et puissant que celui d'Alice au pays des merveilles? Le nouvel art n'avait pas dix ans lorsqu'un premier court métrage s'inspira directement du livre de Lewis Carroll. Cet Alice in Wonderland de 1903 (signé Cecil Hepworth) ne durait que huit minutes, mais contenait des effets spéciaux très aventureux pour l'époque. D'emblée s'imposait une évidence: l'intensité visionnaire du roman poussait toute tentative d'adaptation vers le haut, comme une exigence de qualité pour relayer en lui rendant justice l'extraordinaire impact de l'écrit... Rien d'étonnant, dès lors, de voir une maison Walt Disney pourtant bien ancrée sur ses bases assez conservatrices produire soudainement, avec l'Alice in Wonderland de 1951, son dessin animé le plus original et le plus sauvagement créatif... au risque d'un semi-échec commercial, mais avec une folie digne de Carroll! Ni de voir le même studio rappeler au bercail son génial ex-employé Tim Burton, jugé au départ trop bizarre et audacieux pour faire carrière, afin de lui confier la direction d'une nouvelle -et brillante- adaptation en prise de vue réelle six décennies plus tard... L'animation domine logiquement la filmographie "wonderlandienne". Avec pour sommet le surréaliste et totalement inspiré Alice de Jan Svankmajer, premier long métrage (réalisé en 1988) d'un artiste tchèque multiforme mêlant images réelles et animées dans un passionnant voyage au-delà du miroir. Un "trip" hallucinant, poétique, aux fulgurances inoubliables. Sur le mode parodique, on signalera surtout l'épatant Betty in Blunderland de 1934, où la piquante Betty Boop s'aventure dans un pays imaginaire décalé, directement inspiré de Carroll. Le premier long métrage adaptant Alice in Wonderland en prise de vue réelle date de 1931. Ce film à petit budget, réalisé par Bud Pollard, est totalement oublié, ce qui n'est pas le cas de celui signé deux ans plus tard par Norman Z. McLeod, avec bien plus de moyens, Joseph L. Mankiewicz (futur réalisateur d'All About Eve)au scénario et... l'inénarrable W.C. Fields dans le rôle de Humpty Dumpty face à l'Alice de Charlotte Henry. En 1949, une nouvelle adaptation franco-britannique vint mêler acteurs de chair et d'os et marionnettes filmées en "stop motion". Elle vaut le coup d'oeil, mais ne laissa guère de traces, sa diffusion aux Etats-Unis étant freinée par un Disney alors en pleine préparation de sa propre version... Autre curiosité, l'inévitable transposition pornographique vit le jour en 1976 sous le titre Alice in Wonderland: An X-Rated Musical Comedy. Le dernier mot revenant encore à Walt Disney Pictures avec la mise en chantier d'une suite au film de Tim Burton, Alice Through the Looking Glass, réunissant Johnny Depp et Mia Wasikowska sous la direction de James Bobin (réalisateur des films des Muppets). Sortie prévue au printemps 2016... LOUIS DANVERS