La déliquescence de la presse papier depuis quelques années oblige le documentaire, le reportage ou le témoignage à se réinventer. Et la bande dessinée semble être l'un des médias plébiscités par de nombreux lanceurs d'alerte et autres reporters. Dernier rempart avant l'anonymat de la Grande Toile? Prestige du support papier? Facilité de réalisation par rapport à un documentaire filmé?...

La déliquescence de la presse papier depuis quelques années oblige le documentaire, le reportage ou le témoignage à se réinventer. Et la bande dessinée semble être l'un des médias plébiscités par de nombreux lanceurs d'alerte et autres reporters. Dernier rempart avant l'anonymat de la Grande Toile? Prestige du support papier? Facilité de réalisation par rapport à un documentaire filmé? On ne sait pas ce qui a poussé Manu Scordia à s'emparer de l'affaire Ali Aarrass, si ce n'est qu'il est auteur de BD et qu'il a été touché par le calvaire du Belgo-Marocain. Ali est arrivé en Belgique en 1977 pour rejoindre sa mère. Il a vécu à Melilla -enclave espagnole sur la côte marocaine- jusqu'à ses quinze ans. Naturalisé Belge dix ans plus tard, il va faire chez nous son service militaire, ouvrir une librairie, la fermer faute de clients, arrêter la boxe car le Coran interdit de frapper au visage et, finalement, retourner à Melilla. C'est là qu'il est arrêté en 2008 soupçonné de terrorisme par la police espagnole. Faute de preuves, le procès conclura à un non-lieu. Mais Ali n'est pas libéré et, pire, il est extradé au Maroc contre l'avis de l'ONU. Là, son véritable cauchemar va commencer: torture physique et psychologique, viol, privation de ses droits fondamentaux... Pour un crime dont il n'y a aucune preuve! Lâché par la Belgique, Ali continue aujourd'hui de croupir dans une prison marocaine. Si la forme n'est pas d'une grande originalité, cette critique est balayée par le fond totalement révoltant. Comment ne pas être touché face à tant d'injustice, de violence et de cruauté? Au-delà du cas d'Ali, cette BD fait le procès de l'hypocrisie des États et de leur mépris des petites gens, des "Belgo-quelque chose", éternels citoyens de seconde zone. Gageons que ce témoignage pourra atteindre un public plus large, une autre excellente raison d'en faire une bande dessinée.