Au 2e étage et demi d'une maison patricienne bruxelloise, on trouve des étagères suppliciées par une très nette surcharge pondérale de CD et bouquins. Elles plient mais ne rompent pas. Pour l'instant. L'appartement est pareillement gavé, on y slalome donc entre les monticules de disques et de livres empilés comme autant d'autels sacrés. " Oui, parfois quand on rentre de soirées à l'extérieur, on se dit que c'est peut-être un peu encombré ici." Partie féminine du couple, Isa Belle (sic) vient de Nice: elle a rencontré sa moitié, Philippe Franck, autour d'une performance "holistique" entre huiles parfumées et ces fameux bols de l'Himalaya faits de divers métaux. " Je dépose les bols sur et autour du corps, je masse...

Au 2e étage et demi d'une maison patricienne bruxelloise, on trouve des étagères suppliciées par une très nette surcharge pondérale de CD et bouquins. Elles plient mais ne rompent pas. Pour l'instant. L'appartement est pareillement gavé, on y slalome donc entre les monticules de disques et de livres empilés comme autant d'autels sacrés. " Oui, parfois quand on rentre de soirées à l'extérieur, on se dit que c'est peut-être un peu encombré ici." Partie féminine du couple, Isa Belle (sic) vient de Nice: elle a rencontré sa moitié, Philippe Franck, autour d'une performance "holistique" entre huiles parfumées et ces fameux bols de l'Himalaya faits de divers métaux. " Je dépose les bols sur et autour du corps, je masse, je produis des sons. L'art sonore n'a pas de partition, il s'émancipe de la page écrite, on est libre comme sur un fil. J'écoute la réaction du corps et je travaille les basses comme les aigus..." Isa Belle frappe la carapace dorée d'un de ses bols et la résonance nous emporte chez les amis du Dalaï. La seule huile proposée sera néanmoins celle de la salade que notre trio avale près de la fameuse étagère périlleuse. A la Semaine du Son, Isa Belle présentera sa Douche sonore, soit un bol tibétain XXL déposé sur la tête du "douché" qui prend les ondes sonores directement dans le cortex cérébral (1). Avis aux audacieux. La sudiste et le Liégeois Franck se sont trouvés des chakras communs: le son en fait bien évidemment partie. Lui évoque la version junior de John Goodman et, sous un 1er vernis de rencontre policé, s'avère drôle, inventif, décalé, boulimique de musique. " Mon métier, c'est passeur de culture, je suis un aventurier sonore (sourire) , c'est pour cela que j'ai fondé l'asbl Transcultures et lancé le City Sonics à Mons qui fêtera son 10e anniversaire l'été prochain. Je me définis comme un musicophage omnivore, passant de Morton Feldman à Bowie, revenant à un vieux Cure avant d'écouter le dernier groupe d'électronique obscure. Sans oublier David Sylvian." Dont Philippe, également chanteur, évoque l'élégance zen vocale. A la Semaine du Son, il est programmé dans Supernova (2): " Un duo électro-organique avec Gauthier Keyaerts qui fait du sampling en direct: on improvise sur ma voix, l'iPod, l'orgue ou la guitare électrique tout en injectant des fragments de poésie sonore, par exemple celle du New-Yorkais Ira Cohen, mort en 2011. On invite également Isa Belle et Werner Moron, un Liégeois superbe." Le délire verbal de Moron remplit alors l'appartement: voix inconnue mais magnifique d'un acteur qui joue d'abord le film de sa vie. Franck reconnaît un certain héritage dadaïste à son travail mais cet autodidacte croit d'abord en la "matière": "On vit une époque extrêmement cloisonnée, j'ai l'impression que l'on refait beaucoup ce qui a déjà été fait mais avec une pseudo différence, je dis non aux Lady Gogo (sic) mais oui à la volonté d'affirmer une différence par le son! On se situe plutôt dans la collaboration et la convivialité que dans la consommation qui est l'art du déni de la différence!" Dans le logement du couple, pas de télé, encore moins de radio: on podcaste quand on aime. Franck, qui refuse l'étiquette d'archiviste, croit "au son comme matière, il faut qu'il soit remis au centre de nos sensations. Le son est à la mode, dans les défilés, les musées et les galeries, il nous séduit, nous donne des sensations physiques. Quand Isa m'a massé avec ses bols, ce sont mes cellules qui ont réagi." Se définissant comme " épicurien et anti New Age -le Coca-Cola spirituel de notre époque", Philippe finit sa saucisse et on prend congé. Avant que cette damnée étagère ne s'effondre. (1) LE 28 JANVIER, DE 17 À 19 HEURES AU THÉÂTRE VARIA. (2) LE 23 JANVIER À 20 HEURES AU KULTUURKAFFEE. TEXTE PHILIPPE CORNET