Dans la foisonnante tradition du cinéma d'espionnage, peu de films choisissent de la jouer aussi anti-spectaculaire et profil bas que le deuxième long métrage, élégant et nuancé, du réalisateur israélien Yuval Adler. Et pour cause: The Operative s'inspire de faits authentiques relatés dans un livre qui s'applique à rendre compte avec le plus de vérité possible de la réalité du métier d'espion au Moyen-Orient. Rencontrée au festival de Berlin, où le film a connu les honneurs d'une première mondiale, Diane Kruger y bouffe littéralement l'écran d'ambiguïté feutrée en agent du Mossad infiltrée en Iran pour une mission qui requiert une implication flirtant avec le plus total abandon de soi. " Après The Infiltrator et In the Fade , beaucoup m'ont demandé pourquoi je me lançais à nouveau dans un film d'action. De l'action? Dites-moi où elle se trouve! Il n'y a pas d'action dans The Operative . C'est d'ailleurs ce qui m'a attirée dans ce projet. J'aime les James Bond bien sûr, ce n'est pas ça, mais Yuval était bien davantage intéressé par tout ce que ça implique très concrètement d'être un espion, ce que ça sign...

Dans la foisonnante tradition du cinéma d'espionnage, peu de films choisissent de la jouer aussi anti-spectaculaire et profil bas que le deuxième long métrage, élégant et nuancé, du réalisateur israélien Yuval Adler. Et pour cause: The Operative s'inspire de faits authentiques relatés dans un livre qui s'applique à rendre compte avec le plus de vérité possible de la réalité du métier d'espion au Moyen-Orient. Rencontrée au festival de Berlin, où le film a connu les honneurs d'une première mondiale, Diane Kruger y bouffe littéralement l'écran d'ambiguïté feutrée en agent du Mossad infiltrée en Iran pour une mission qui requiert une implication flirtant avec le plus total abandon de soi. " Après The Infiltrator et In the Fade , beaucoup m'ont demandé pourquoi je me lançais à nouveau dans un film d'action. De l'action? Dites-moi où elle se trouve! Il n'y a pas d'action dans The Operative . C'est d'ailleurs ce qui m'a attirée dans ce projet. J'aime les James Bond bien sûr, ce n'est pas ça, mais Yuval était bien davantage intéressé par tout ce que ça implique très concrètement d'être un espion, ce que ça signifie d'être une déracinée au service d'intérêts bien plus vastes. Cette approche m'a beaucoup séduite. Qu'est-ce que ça veut dire d'être prêt à tout donner pour un pays dans lequel on n'a même pas grandi? C'est une question fascinante, et je pense que le film propose des pistes de réponses vraiment très fortes." Ce rôle, l'actrice germano-américaine de 43 ans dit l'avoir choisi avec beaucoup d'envie et de détermination. " Quand j'étais plus jeune, j'étais tellement inquiète que je me sentais constamment dans une espèce d'urgence. Après chaque tournage, j'avais peur de ne plus jamais avoir l'occasion de retravailler et j'avais donc tendance à me précipiter sur les rôles qu'on me proposait. Aujourd'hui, je ne dis pas qu'il ne subsiste pas une certaine incertitude permanente dans mon esprit, mais disons que j'ai appris à la gérer plus sereinement. Et puis j'ai réalisé que plus j'étais disponible pour me consacrer à un personnage, et plus l'expérience et le film se révélaient intéressants à l'arrivée. Donc aujourd'hui, je préfère temporiser plutôt que d'enchaîner compulsivement les choses." Peu avare de son temps et de son énergie, Kruger a multiplié les approches afin de se préparer au tournage de The Operative. " J'ai notamment suivi cinq jours d'entraînement chapeautés par le Mossad pour préparer le film. Les deux premiers jours consistaient à rencontrer certains de leurs agents à qui je pouvais poser toutes les questions qui m'intéressaient. Quand je leur ai demandé ce que ça faisait d'être déployés pendant des années en mission, sans véritable chez soi, ce qui m'est beaucoup revenu c'est que la cause juive et la protection d'Israël primaient sur tout le reste et qu'il ne fallait jamais perdre cet objectif de vue. Vivre avec le mensonge et la dissimulation en permanence semble être quelque chose d'incroyablement éprouvant. Mais il y a un sentiment d'appartenance très fort qui domine et permet d'endurer ces conditions de vie éminemment stressantes et difficiles. Être agent sur le terrain implique d'accepter d'être instrumentalisé, d'être littéralement utilisé sans parfois même bien comprendre la finalité des choses." Quand on lui demande en quoi consistaient les trois jours de formation suivants, la comédienne esquisse un sourire... " Par exemple, ils m'ont donné un faux passeport et m'ont déposée devant un terminal international de l'aéroport de Tel-Aviv pour voir si je passais le contrôle d'immigration. Bon, si j'avais été jetée en prison, je crois qu'ils m'auraient fait libérer immédiatement, hein, mais c'était quand même quelque chose. Alors imaginez un peu ce que ça doit être pour quelqu'un pour qui c'est vraiment une question de vie ou de mort..." Un autre exercice consistait à identifier une cible dans un endroit public sur base d'une simple photo. " Il y a quelques années, ils ont commis une erreur fatale: ils se sont trompés de personne et ont tué quelqu'un qui n'avait rien à voir avec leur mission. L'agent sur le terrain peut recevoir une photo qui n'est plus très représentative de ce à quoi la personne ressemble au présent. La photo peut parfois être très ancienne ou simplement un peu floue... C'est souvent tout un art de parvenir à identifier avec certitude quelqu'un sur cette seule base. Ils m'ont donc donné une photo vieillie, m'ont dit de m'asseoir dans le lobby d'un hôtel très prisé et de bien observer tous les visages qui passaient. Je suis restée assise pendant quatre heures. C'était d'un ennui mortel (sourire) . Et en même temps, c'est un exercice absolument fascinant, parce qu'il faut arriver à dévisager attentivement chaque personne tout en prétendant être simplement occupée à boire un café. Et puis quand, finalement, il m'a semblé reconnaître le visage de la photo, j'ai réalisé à quel point il était difficile d'être complètement sûre de soi. C'est très délicat. Ensuite, je devais m'arranger pour monter dans l'ascenseur aux côtés de cette personne sans que personne d'autre n'embarque avec nous. Donc j'ai dû ruser, mentir... Cette partie-là, je l'ai ratée. Peu importe les excuses que j'inventais, les gens ne voulaient rien entendre et sont quand même montés dans l'ascenseur avec nous. En plus j'étais enceinte à cette époque, j'ai essayé de jouer là-dessus, mais ils n'en avaient simplement rien à faire (sourire) ."