On a peut-être déjà tout dit et tout écrit sur la performance, cette façon d'en appeler au corps comme à un référant ultime, un dernier mot. Quelque chose d'absolu se joue à cet endroit. On ne s'étonnera donc pas aujourd'hui de la prolifération des "re-enactments", ces répétitions performatives ou re-créations de temps forts de l'Histoire de l'art. Hélas, ce manque d'étonnement engendre dans son sillage une lassit...

On a peut-être déjà tout dit et tout écrit sur la performance, cette façon d'en appeler au corps comme à un référant ultime, un dernier mot. Quelque chose d'absolu se joue à cet endroit. On ne s'étonnera donc pas aujourd'hui de la prolifération des "re-enactments", ces répétitions performatives ou re-créations de temps forts de l'Histoire de l'art. Hélas, ce manque d'étonnement engendre dans son sillage une lassitude assez légitime. Alors, lorsqu'une plasticienne telle que Serena Fineschi (Sienne, 1973) parvient à inscrire la corporalité d'une manière inattendue, subtile ose-t-on écrire, on applaudit des deux mains. After the Party, la proposition qu'elle a imaginée pour l'antenne bruxelloise de la Montoro12 Gallery, superpose les niveaux de lecture. Un large papier de la taille d'une affiche exhibe des traces rondes. C'est que le support a été mâché méticuleusement, pas question de le trouer, avec au bout du compte un effet de relief. L'impression 3D n'est pas loin. Ailleurs, la couleur et la joie côtoient la tristesse et la déception. Une oeuvre au néon rouge comme Viva questo mondo di merda -"Vive ce monde de merde"- en dit long. Fixé dans la partie basse d'un mur, le redoutable oxymore hésite entre apparition et disparition. La revendication est bien là mais elle hésite à emprunter le chemin de la frontalité. Tout respire effectivement le lendemain de fête douloureux. Fineschi déploie une grammaire formelle pauvre d'apparence mais riche en évocations: des emballages de rochers en chocolat dorés qui renvoient vers la tradition la plus clinquante, des chewing-gums dûment mâchés en forme de citations picturales (pourquoi pas Cy Twombly?), des mégots trempés dans de l'or 24 carats qui subliment une vie addictive... L'utilisation des gommes à mâcher enthousiasme tout spécialement. Fixées au plafond, elles suggèrent l'idée d'une éphémère euphorie qui s'est cristallisée. Non sans assister, impuissantes, au travail de la gravité. What goes up...