La toile date de 2009 et c'est un euphémisme de dire qu'elle a marqué les esprits lors de Art Basel Miami. Il s'agit d'un portrait équestre, façon 325x284, de Michael Jackson. À califourchon sur un étalon blanc -le détail chromatique est important-, le Roi de la Pop défie le regardeur. Dans le ciel, deux putti potelés se chargent de déposer une couronne de laurier sur sa chevelure léonine. Contrairement à cette auguste récompense envoyée par le Très-haut...

La toile date de 2009 et c'est un euphémisme de dire qu'elle a marqué les esprits lors de Art Basel Miami. Il s'agit d'un portrait équestre, façon 325x284, de Michael Jackson. À califourchon sur un étalon blanc -le détail chromatique est important-, le Roi de la Pop défie le regardeur. Dans le ciel, deux putti potelés se chargent de déposer une couronne de laurier sur sa chevelure léonine. Contrairement à cette auguste récompense envoyée par le Très-haut, l'iconographie triomphante en question ne tombe pas du ciel. Elle est la marque de fabrique de Kehinde Wiley qui l'a directement empruntée à Pierre-Paul Rubens. À la base, il s'agit d'un portrait de Philippe II, à ceci près que le roi espagnol chevauche quant à lui un destrier brun, tiens, tiens... C'est sur ce credo rococo de grand renversement de l'imagerie occidentale que Wiley a fait sa fortune, une opération de militantisme sans didactisme que l'on pourrait formuler de la sorte: extraire la communauté afro-américaine de l'invisibilité dans laquelle elle est tenue par le domaine artistique consacré. Miraculeusement sauvé des laves de son quartier d'enfance -le peu amène South Central- et diplômé de Yale, le natif de Los Angeles (1977) a débuté sa carrière dans les rue de Harlem où il dénichait ses sujets anonymes à la faveur de castings sauvages. Aussi urbains qu'athlétiques, les modèles à capuche ayant consenti à prendre la pose étaient projetés sur fonds éclatants comme des boubous africains dans des attitudes précieuses recopiées des maîtres classiques -de Le Brun à Ingres, en passant par Tiepolo ou David. Une noblesse de sweat succédant à une noblesse d'épée? Pour l'intéressé, la transmutation n'est pas sans lien avec le rap. Comme il le confiait en 2016 au Figaro lors de son exposition au Petit Palais: " Il y a quelque chose du monde noir du hip-hop dans mon travail. Le désir d'être un individu, d'avoir une autonomie et un style américain propre." Un sillon stylistique qu'il ne cesse de creuser comme en témoignent les vitraux monumentaux qu'il expose aujourd'hui à Bozar, dans le cadre du festival pluridisciplinaire Afropolitan, et qui confèrent un pedigree artistico-religieux, trop longtemps dénié, à l'homme noir.