" Il n'existait, à ce jour, aucune publication régulière en langue française consacrée au film d'animation et à ses enjeux." À l'heure où se multiplient les propositions artistiques inédites et/ou novatrices dans le domaine, c'est désormais chose faite. Et plutôt bien faite. Avec ses 160 pages joliment maquettées, BLINK BLANK, " revue du film d'animation" de type mook, a déboulé en janvier dans toute les bonnes crèmeries. Entendant rassembler dossiers et portraits, éclairages historiques et points de vue critiques, entretiens au long c...

" Il n'existait, à ce jour, aucune publication régulière en langue française consacrée au film d'animation et à ses enjeux." À l'heure où se multiplient les propositions artistiques inédites et/ou novatrices dans le domaine, c'est désormais chose faite. Et plutôt bien faite. Avec ses 160 pages joliment maquettées, BLINK BLANK, " revue du film d'animation" de type mook, a déboulé en janvier dans toute les bonnes crèmeries. Entendant rassembler dossiers et portraits, éclairages historiques et points de vue critiques, entretiens au long cours et incursions dans les coulisses de la création, la chose est appelée à paraître deux fois par an, le deuxième numéro de BLINK BLANK étant d'ores et déjà annoncé pour octobre prochain. Souvent très intello, théorique et technique (voir par exemple le papier à haute teneur conceptuelle consacré par Michel Chion aux fractales glacées de La Reine des neiges), et par ailleurs assez cher (20 euros le numéro, tout de même...), l'objet épate par sa capacité à brasser large et varié. On apprécie ainsi tout particulièrement que BLINK BLANK ne se limite pas aux seules sorties cinématographiques, en format court ou long, mais aille aussi braconner du côté des oeuvres en réalité virtuelle, des productions multimédia ou télévisées. À cet égard, l'article choisissant d'envisager la formidable série Netflix BoJack Horseman en fulgurant " condensateur de la bêtise contemporaine" est sans doute l'un des plus aboutis et intéressants du lot. Dans le même ordre d'idées, la revue ne se contente pas de convoquer autour de la table journalistes, critiques et autres théoriciens, mais publie aussi un texte inédit en français du regretté Isao Takahata ( Le Tombeau des lucioles) ou une passionnante réflexion sur le temps de Michael Dudok de Wit ( La Tortue rouge), donne la parole à la dessinatrice suisse Félicie Haymoz, character designer chez Wes Anderson ( Fantastic Mr. Fox, Isle of Dogs), ou à la romancière Marie Desplechin, dont l'évocation de ses premiers émois animés touche au coeur. Un oeil dans le rétro (la genèse des Looney Tunes et l'âge d'or du cartoon) et l'autre vers un horizon plus ou moins proche (un large aperçu de productions en cours d'élaboration), BLINK BLANK vit avec son temps et pose dans son dossier principal la question un peu tarte à la crème de l'animation à l'âge adulte, en faisant notamment retour sur les récentes réussites de J'ai perdu mon corps et Les Hirondelles de Kaboul. " Le moment est-il enfin venu de considérer que le cinéma d'animation ne s'adresse pas uniquement au jeune public?" L'existence de la revue elle-même est une réponse en soi.